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Capture d'écran, page d'accueil du site du Centre Pompidou, octobre 2012

Le délicat exercice de la refonte d’un site web pour une institution culturelle

Il y a deux semaines, après plus d’un an d’attente, la nouvelle version du site internet du Centre Pompidou a été mise en ligne, appelée Centre Pompidou Virtuel. Pour commencer, petite précision sémantique, avec la notion de « virtuel ». Je ne suis pas fan de cette notion, qu’on tend souvent à opposer au « réel » et qui renvoie à une certaine superficialité. Alain Seban, président du Centre Pompidou, l’a encore rappelé à demi-mots au micro de France Inter, le Centre prend le contre-pied du Google Art Project en refusant de proposer une exploration 3D réaliste du musée, pour y préférer le projet ambitieux de la mise en ligne de la totalité des contenus entourant les collections – textes, photos, vidéo, multimedia. Bon, c’est peut-être moi qui fait un blocage sur ce mot, mais le nom ne me semble pas adapté car ce nouveau site n’a rien de virtuel, au contraire : en valorisant les contenus produits par le Centre (autant que par les visiteurs invités à participer), rarement un site de musée aura été autant ancré dans le réel.

Capture d'écran, page d'accueil du site du Centre Pompidou, octobre 2012

Capture d’écran, page d’accueil du site du Centre Pompidou, octobre 2012

Je ne rentrerai pas dans une analyse du site, du mécanisme de la refonte ou encore des enjeux qui entourent le projet (d’autres l’ont fait, en se concentrant sur un aspect ou un autre, voir la liste en bas de texte), mais je veux profiter de l’occasion pour me poser la question : aujourd’hui, que veut dire refondre un site pour une institution culturelle ? À l’heure où la refonte du site de Cluny, musée du Moyen-Âge est en cours, alors que le Louvre et le musée de la Marine ont lancé leurs nouveaux sites l’année dernière et tandis que le musée du quai Branly, pour lequel je travaille, se lance actuellement dans un projet de refonte, bien des questions se posent autour de la nature et de la fonction d’un site internet de musée aujourd’hui. Parmi elles, l’insertion dans un éco-système à multiples entrées : qu’est-ce qui a changé avec le développement des réseaux sociaux ? En terme de contenus, d’organisation ? De même, comment le site s’inscrit-il dans une stratégie numérique plus large ? Comment, alors que la consultation sur terminaux mobiles se développe, faire cohabiter une site internet et une application, voire plusieurs ? Je ne saurais répondre à ces questions générales pour lesquelles chaque institution doit mettre en place sa propre stratégie. Néanmoins, il est possible de formuler quelques éléments de réponse.

Comme l’indique Jim Richardson dans son article Why most museum websites are terrible (at achieving mission), beaucoup de musées continuent de négliger leur site internet parce qu’ils le considèrent comme un outil de promotion, valorisant leur programmation, et non comme une plateforme de contenus riches, encore moins comme un lieux de production voire de co-création, de rencontre entre l’institution et les publics. Richardson cite la refonte du site du Walker Art Center qui a vu sa fréquentation augmenter de 40%, avec une orientation résolument tournée vers les contenus et la participation des publics, ce vers quoi tend le CPV. Il rappelle aussi que, pour cela, les équipes administrant le site ont été renforcées (voir à ce propos les passionnantes et instructives interviews de Nate Solas, qui a dirigé le projet, par Rui Guerra).

Capture d’écran, page d'accueil du site du Walker Art Center, octobre 2012

Capture d’écran, page d’accueil du site du Walker Art Center, octobre 2012

Aujourd’hui encore, nombre d’institutions n’ont pas compris l’intérêt de développer un site internet qui ne soit pas qu’une vitrine. C’est d’autant plus regrettable lorsqu’on voit que la fréquentation annuelle d’un site peut souvent rivaliser avec celle du lieu physique du musée, voire la dépasser. Loin de moi la volonté d’insinuer qu’il faut désinvestir les salles du musée au profit des pages du site, mais comment comprendre les investissements considérables dans les expositions temporaires (autant en nombre d’heures de travail que de membres du personnel), là où peu de services web multimedia comptent plus de 2 personnes, pour des budgets en décalage total avec les résultats attendus ?

D’une manière ou d’une autre, la position des institutions à propos de leur présence sur le net devra évoluer dans les années à venir. Espérons que les musées aillent vers une plus grande intégration du site et des réseaux sociaux au sein d’une politique numérique cohérente, reflet d’une véritable prise de conscience des enjeux. Loin de nuire à ses manifestations physiques, le site internet d’un musée et, par extension, sa présence numérique au sens large, participent à remplir ses missions – valoriser les collections, diffuser le savoir pour la jouissance du plus grand nombre – voire à les compléter en en ajoutant d’autres, propres aux dispositifs numériques. J’aurai l’occasion de revenir sur le sujet prochainement, avec la notion du site internet de musée comme un  autre lieu du musée, extension en ligne de son lieu physique.

Articles sur le lancement du CPV :