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Vue des salles de la Ny Carlsberg Glyptotek, Copenhague

Actualités : mes conférences et publications à venir

Actualité muséogeek chargée à la rentrée ! Voici un petit aperçu de conférences et événements auxquels je participe ou j’assiste, ainsi qu’une publication à venir.

Septembre

Le jeudi 13 septembre, j’interviendrai lors d’un débat public organisé par l’association Bête à bon dieu production sur le thème Culture et Communication : les outils de communication à travers les nouvelles technologies à l’Atelier numérique, de Versailles.

Le vendredi 21 septembre, j’interviendrai lors d’un atelier professionnel dans le cadre des Journées du management culturel à l’initiative de l’association des étudiants du Master Management des organisations culturelles de l’Université Paris-Dauphine. Gonzague Gauthier, du Centre Pompidou, sera de la partie et merci à Clélia Dehon de nous avoir suggérés aux organisateurs.

Octobre

La semaine du 8 octobre, je serai à Montréal pour assister au colloque de l’AVICOM, la branche audiovisuelle et numérique de l’ICOM, l’International Council of Museums. Le thème de cette édition est Le développement des nouvelles technologies et la naissance de nouveaux métiers de la muséologie. Quelques français parmi les intervenants : Agnès Alfandari et Catherine Guillou du musée du Louvre, Christophe Courtin, camarade muséomixeur du Château des ducs de Bretagne à Nantes ainsi que Gonzague Gauthier (voir son appel à participation concernant son intervention). Ce colloque sera pour moi l’occasion de rencontrer certains de mes homologues de Montréal et d’ailleurs dans le monde, d’échanger sur nos pratiques respectives.

J’interviendrai ensuite, le jeudi 18 octobre, dans le cadre du stage professionnel “Médiation numérique documentaire” à l’ENSSIB, à Lyon. Je présenterai quelques exemples d’outils numériques de médiation dans les musées, autour des dispositifs participatifs, notamment.

À noter également en octobre : la deuxième édition de Museomix aura lieu les 19, 20 et 21 octobre au musée Gallo-Romain de Fourvière, à Lyon aussi, ainsi que les Rencontres culture numérique qui se tiendront au 104, à Paris les 30 et 31 octobre. Thème cette année : Médiation & numérique dans les équipements culturels. J’aurai sans doute l’occasion d’y revenir.

Novembre

J’aurai l’occasion d’en reparler prochainement : j’ai été invité à participer au premier MOOC francophone, un format de cours particulier en ligne (MOOC signifie Massive Open Online Course). Intitulé ITyPA, pour « Internet, tout y est pour apprendre ! », ce cours sera consacré à la création et à la structuration de son environnement d’apprentissage personnel. Je proposerai une intervention le jeudi 22 novembre à 18h, autour de la création de communautés en ligne basée sur mon expérience des musées. Pour plus d’informations sur le format MOOC, Thot Cursus propose un article très bien fait sur le sujet.

Décembre

Le 11 décembre, j’interviendrai en ouverture du colloque Constructions mémorielles participatives – Collections et mises en réseau en lien avec les deux Guerres mondiales, à l’invitation de Serge Chaumier, professeur à l’Université d’Artois. Ma communication portera sur les logiques participatives dans la médiation. Ces deux journées d’étude auront lieu au In Flanders Fields Museum, à Ypres en Belgique.

Enfin, pour le mois de décembre, je prépare également un article à paraître dans le bulletin de l’AMCSTI, la publication de l’association des musées et centres pour le développement de culture scientifique technique et industrielle. Ce numéro aura pour thème l’innovation, et mon article traitera des dispositifs participatifs dans les musées de société.

Je ne manquerai pas de reparler de tout cela ici, ainsi que sur Twitter .

Mise à jour du 29/09/12 : ajout de la conférence ENSSIB en octobre et du MOOC en novembre.

Interdiction de la photographie au Musée d'Orsay © OrsayCommons 2011

Interdiction de la photographie dans les musées : c’est la gêne

Lu ce matin sur Exponaute : Jean-Jacques Ezrati tient un discours plus que discutable sur la photo au musée. Cet éclairagiste-conseil, qui a collaboré avec la Direction des musées de France et le C2RMF sur des questions de conservation et de prévention, tient des propos douteux pour légitimer l’interdiction de la photographie avec flash dans les institutions culturelles, en s’appuyant principalement sur la gêne occasionnée pour les autres visiteurs. Dans les grandes lignes, le propos de l’article est d’apporter la preuve qu’il n’y a aucune légitimité scientifique à interdire la photographie avec flash aux visiteurs amateurs, sans danger pour les œuvres selon Ezrati. Jusqu’ici, tout va bien.

Mais j’attire votre attention sur le dernier paragraphe, qui tend à suggérer la création de « castes » dans les visiteurs : d’un côté, les étudiants et chercheurs qui auraient droit de photographier et de l’autre, les amateurs qui devraient se contenter de « reproductions des œuvres présentes dans les collections publiques [accessibles] gratuitement ou pour quelques centimes d’euros ». Oubliant au passage la fonction d’appropriation de l’oeuvre que joue la photographie (thèse soutenue par Bernard Stiegler, entre autres) et les pratiques contemporaines de la photographie, du partage et des réseaux sociaux.

Cet article est à mettre en perspective avec la photographie de Shakira à Orsay, postée par la chanteuse sur sa page Facebook il y a quelques jours, likée 250 000 fois et partagée 8000 fois. Devant une telle popularité, le musée a bien été obligé de remercier Shakira pour la publicité, rappelant au passage l’interdiction de la photographie en ses murs… Schizophrénie ou opportunisme ?

"So you want to become an apprentice?" Museum of London, février 2011

Kit de démarrage du #muséogeek

Je reçois souvent des demandes d’étudiants en histoire de l’art, en muséologie, en communication, parfois même en marketing pour relire leur note d’intention ou leur mémoire – encore plus depuis que j’ai commencé à travailler pour le musée du quai Branly. Et tout comme des professionnels, des étudiants, des mentors m’ont aidé il n’y a pas si longtemps, je fais de mon mieux pour les aider.

Aussi, j’ai pensé que le plus simple serait encore de rassembler quelques ressources qui me semblent fondamentales pour aborder le numérique au musée. C’est donc une approche très généraliste, non spécialisée que je propose ici. N’hésitez pas à en proposer d’autres en complément dans les commentaires.

"So you want to become an apprentice?" Museum of London, février 2011

« So you want to become an apprentice? » Museum of London, février 2011

Quelques lectures pour bien démarrer

Les lieux pour échanger au quotidien

Les blogs à suivre en France

Les blogs et personnes à suivre à l’étranger

Personnes à suivre sur Twitter

Conférences et événements réguliers

  • MuseumNext, cette année à Barcelone, du 23 au 25 mai 2012 (c’est-à-dire depuis hier et jusqu’à demain).
  • Museum and the web, cette année à San Diego, du 11 au 14 mars 2012.

Conférences et événements passés

Capture d’écran 2012-05-20 à 20.10.11

Retour sur Museomix, première édition

Jeudi prochain, Samuel Bausson présentera Museomix lors de la conférence MuseumNext, à Barcelone (la conférence affiche complet, mais le programme est en ligne). Je profite de l’occasion pour revenir de manière générale sur cet objet culturel étrangement identifié… Dans un prochain article, je reviendrai avec les membres de l’équipe dont je faisais partie sur notre proposition, « Visite en perspective ».

Salon des Boiseries © photo Lorena Biret

Salon des Boiseries © photo Lorena Biret

Museomix, c’est quoi ?

Museomix n’est pas une conférence, ni un atelier professionnel, encore moins une session de formation. Museomix, c’est « trois jours pour (re)mixer le musée », organisés par divers acteurs de la culture et du numériqueBuzzéum, l’agence de conseil en communication et stratégie numérique pour la culture de Diane Drubay ; Samuel Bausson, webmaster au muséum d’histoire naturelle de Toulouse ; Nod-A, une agence qui conseille les entreprises dans des pratiques innovantes et collaboratives ; Érasme, le living lab du Département du Rhône ; Julien Dorra, artiste et hacktiviste ainsi que Knowtex, la communauté qui explore la science, la technologie, le design et l’innovation. Cette première édition a été accueillie par Les Arts Décoratifs lors du weekend du 11 novembre 2011, à l’occasion des festivités du 5ème anniversaire de la réouverture de l’institution.

Le format adopté par Museomix est très inspiré par les hackathons organisés dans les communautés du logiciel libre : des équipes constituées de participants présélectionnés mais qui ne se connaissent pas, ont trois jours pour proposer des dispositifs de médiation innovants fonctionnels. Cette formule a beaucoup surpris au départ, notamment parmi les #museogeeks les plus « traditionnels » – ceux issus d’une culture classique histoire de l’art et muséologie. Les méthodes utilisées lors de Museomix sont très proches de ce qui se fait dans le design avec les workshops, c’est pourquoi je n’étais pas surpris et j’ai eu un peu de mal à comprendre ces inquiétudes au début.

Or, dans les musées, le développement d’un projet (exposition, cycle de conférences, de projections, etc) prend facilement 3 mois, 6 mois, parfois plus d’un an. Aussi, il n’était pas étonnant de lire beaucoup d’incrédulité de la part de plusieurs acteurs de la culture, peu réceptifs à l’idée de la création de propositions fonctionnelles, même si elles étaient des prototypes. Quelle ne fut pas la surprise des membres du ministère de la culture en voyant que des équipes d’inconnus de tout horizon pouvaient proposer des dispositifs de médiation pertinents, s’appuyant sur les outils numériques en à peine trois jours de travail !

Les Dromadaire modernes © Lorena Biret

Les Dromadaires modernes © Lorena Biret


Un rythme en trois temps

Après une brève visite introductive dans les espaces des Arts Décoratifs, les équipes sont constituées de la sorte : des porteurs de projets ont quelques minutes pour convaincre, ils présentent leur proposition, axée sur l’un des 15 espaces préalablement sélectionnés par les organisateurs. Pour ma part, j’ai proposé un projet autour de l’accueil Rotonde, niveau 3 du musée. Chacun des participants est alors libre de rejoindre l’équipe de son choix sachant que, pour être valides, les équipes doivent contenir un designer, un développeur/bidouilleur, un blogueur, un médiateur/professionnel de la culture (le masculin est utilisé pour alléger le texte).

Une fois les 11 équipes complètes, le travail peut commencer : repérages d’abord, plans et définition du projet, allers-retours fréquents entre l’espace qui accueillera le dispositif et la bibliothèque, où les museomixeurs ont installé leurs quartiers. Soutenus par les organisateurs, les participants sont régulièrement visités par les muséopropulseurs, un petit groupe de professionnels de musées qui ne « jouent » pas, mais veillent à la cohérence et à l’adéquation des projets avec les réalités institutionnelles. En outre, un atelier équipé d’outils de prototypage rapide, de découpe adhésive et d’imprimantes est à la disposition des participants, ainsi qu’un certain nombre de dispositifs proposés par Érasme.

À la fin de chaque journée, les équipes doivent livrer une vidéo qui synthétise l’avancée de leur travail. C’est un défi très stimulant pour des participants dont tous ne maîtrisent pas l’art du montage (et encore moins les logiciels) mais aussi très stressant car il faut faire avancer en parallèle le travail en lui-même et sa restitution. Le dimanche après-midi, après trois jours d’intense labeur, des heures et des heures de travail, peu de sommeil, du stress et beaucoup de plaisir, les visiteurs ont pu découvrir les 11 dispositifs in situ, présentés et « médiatisés » par les équipes conceptrices.

Des points forts

Parmi les points forts, une coordination plutôt bien rodée de la part de l’équipe d’organisation, avec une méthodologie rigoureuse dans le déroulement de ces trois jours au programme chargé. D’autre part, la qualité de l’accueil, le sourire et la bonne volonté des hôtesses et des gardiens ont également rendu les choses simples, alors que nous arrivions un peu comme des extraterrestres avec nos écrans tactiles, nos appareils photos et nos carnets de croquis au milieu de leurs espaces de travail.

Ensuite, la diversité des participants, issus de culture et de formations très différentes, a été aussi une des grandes forces de Museomix. Des designers, des enseignants, des chercheurs, des étudiants, des médiateurs, des historiens de l’art, des professionnels du numérique qui n’avaient a priori que peu de chance de se croiser. Tous se sont retrouvés dans un même lieu, pendant trois jours, pour travailler bénévolement (l’inscription était même payante, pour couvrir les repas qui nous étaient fournis par la bienveillante équipe d’organisation), sans aucune garantie quelconque que leur travail servirait à quoique ce soit, autour d’une seule et même envie : remixer le musée, bousculer ses habitudes, lui injecter des outils et des codes propres au numérique.

Des regrets ?

Malgré tout l’enthousiasme créé par ce moment dense et riche en émotion, j’ai quelques regrets, des critiques plutôt constructives pour l’organisation d’un prochain événement. Tout d’abord, en terme de calendrier, le choix de faire coïncider Museomix avec les 5 ans de la réouverture des Arts Décoratifs ne me semble pas le plus efficace en terme de communication. Museomix a été noyé au milieu de nombreux autres événements liés à l’anniversaire de l’institution, ce qui ne lui a pas permis d’avoir toute l’exposition médiatique dont il aurait pu bénéficier. Mais c’était une première et il fallait convaincre…

Ensuite, le choix du lieu de travail : bien que la bibliothèque des Arts Déco soit un très bel espace, il n’est pas des plus souples ni des plus adaptés pour travailler. Ne pas pouvoir y manger, y boire, ne pas pouvoir y punaiser, scotcher, coller des documents imposait une grande « sagesse » dans les méthodes de travail, particulièrement frustrante quand on l’habitude de « s’étaler » et de profiter des murs et des parois pour créer son propre espace de travail, son cocon créatif.

En outre, malgré l’accueil chaleureux qui nous a été réservé par le personnel (relevé plus haut), l’absence d’implication des Arts Décoratifs est très dommage. Si Catherine Collin, la responsable du service des publics ainsi que plusieurs membres des services des systèmes informatiques et de la communication, notamment, ont été réactifs et disponibles pendant les trois jours, il est fort regrettable que l’ensemble de l’institution n’ait pas été mobilisé et associé au projet. D’autres petits détails, plus techniques, comme l’accès aux imprimantes ou la connexion wi-fi, ont parfois posé problème, mais ce n’était rien de vraiment insurmontable et même, j’ai été plutôt étonné de la fluidité de l’ensemble de l’organisation.

Présentation des dispositifs le troisième jour © Lorena Biret

Présentation des dispositifs le troisième jour © Lorena Biret

Des propositions !

En réponse aux problématiques de l’espace de travail soulevés par la bibliothèque, je me dis qu’un module entièrement dédié, spécialement conçu par et pour les museomixeurs serait la solution. Elle pourrait s’inspirer du PTS, la boîte créée par l’agence de Shigeru Ban sur la terrasse du Centre Pompidou lors de la création du Centre Pompidou Metz. Une sorte de soucoupe ou de tente Museomix, qui viendrait se poser dans la cours du bâtiment serait idéale ! Elle permettrait une plus grande souplesse dans les heures de travail – notamment la possibilité de continuer la nuit – et une plus grande adaptabilité aux pratiques des équipes.

Du point de vue de l’organisation, pour un prochain événement, les tâches devraient être mieux réparties entre les membres de l’équipe : communication, coordination technique, logistique, etc. Lors de cette première édition, même si une répartition avait été imaginée, les différentes solicitations des museomixeurs, les affinités personnelles ont parfois primé sur une organisation plus rationnelle.

Pour conlure

Cette première édition de Museomix a été une belle occasion de voir se rassembler des participants très divers avec pour unique point commun la curiosité, l’intérêt pour le musée et le numérique. Le premier jour, étrangement, j’ai ressenti la même chose qu’à ma première Gay Pride : le sentiment de ne pas être seul, de partager un point commun à la fois futile et très significatif avec un grand nombre de personnes. Soudain, le numérique au musée n’était plus pour moi un centre d’intérêt personnel et professionnel, c’était devenu une réalité, partagée par au moins une centaine de personnes capables de donner de leur temps pour un projet utopique : (re)mixer le musée.

Je retire aussi de cette expérience une grande confiance en l’avenir et en l’évolution des institutions culturelles : malgré les lenteurs administratives, malgré leur fonctionnement vertical et hiérarchique, je reste persuadé que les musées ont la possibilité de changer, d’évoluer pour intégrer le numérique dans leur fonctionnement. Plus largement, je crois que les institutions culturelles pourront s’ouvrir aux dimensions participatives et collaboratives qui découlent du numérique, si elles s’appuient sur leur deux grandes forces : la richesse de leurs contenus et l’énergie dont sont capables leurs communautés – les personnels autant que les visiteurs.

Page Facebook du musée du Louvre

Les musées sur les réseaux sociaux : la guerre des chiffres n’aura pas lieu

Mercredi 26 octobre dernier, le musée du Louvre publiait un communiqué de presse (relayé par Europe 1 et Metro France puis par Le Point). Pour accompagner la publication de cette information, j’ai été interviewé par Le Figaro pour une brève parue le lendemain. Cet article, rédigé rapidement par une journaliste dont les réseaux sociaux ne sont, de toute évidence, pas la spécialité, a suscité bon nombre de réactions dans la communauté informelle des muséogeeks. Aussi, Omer Pesquer et moi-même vous proposons de revenir sur les questions de classements des musées, du nombre de fans et de la pertinence des grilles de lecture, complétées par les réflexions et les remarques formulées par les membres du groupe MuzeoNum sur Facebook.

Disclaimer : cet article a été rédigé avant que j’intègre le musée du quai Branly.

400 000 fans et moi, et moi, et moi

L’article du Figaro claironne : « avec 402 562 fans, le Louvre est le 3ème musée le plus populaire au monde sur le réseau social. » Par le petit bout de lorgnette, c’est simple : comme l’a fait la journaliste, il suffit de reproduire le classement fournit par Litot.es (à ce propos, on lira le billet de Thierry Crouzet, dont le titre est trivial mais explicite). Mais, alors que le Louvre est devenu une marque internationale (déclinée en Louvre Lens, Louvre Abou Dabi, Louvre DNP Museum Lab), ce chiffre est-il si impressionnant ? Et pour le musée le plus visité au monde ?

Page Facebook du musée du LouvreSi on compare le « score » du Louvre avec les gros musées internationaux, un élément primordial est à prendre en compte : la langue. Le Musée du Louvre s’exprime en français sur le réseau social. Or, en terme de portée internationale, il est difficile de comparer une page en français et une page en anglais. À titre d’exemple, les pages en anglais de Dior, Chanel ou Louis Vuitton totalisent chacune plus de 4 millions de fans. De plus si, avec la Tour Eiffel, le Louvre et Mona Lisa sont des symboles de Paris, on constate que la page Facebook de la ville de Paris dispose de deux fois plus de fans que celle du Musée du Louvre, tout en étant elle aussi francophone.

Essayons de considérer d’autres chiffres pour chercher à évaluer ces fameux 400 000 fans : le Louvre annonce officiellement avoir environ 8,4 millions de visiteurs par an (visites = visiteurs dans les documents des musées) donc il y aurait un fan pour 21 visiteurs. Or, le site web du musée dispose d’encore plus de visiteurs avec 11,7 millions par an, avec ce chiffre ce serait un fan pour 29 visiteurs !

Quels indicateurs ?

Au delà du chiffre, existe-il des indicateurs qui permettraient de montrer que le Louvre propose une stratégie d’engagement particulièrement innovante et efficace sur Facebook ? Pour ceci, il faudrait disposer d’un outil d’évaluation commun comparant les données et statistiques de plusieurs musées et institutions culturelles. Ne disposant pas d’un tel outil, on est tenté d’en utiliser d’autres, par exemple Klout, un service de « mesure d’influence » sur le Web (décrié par certains, la référence pour d’autres). En repassant par Lito.es, il n’y a plus qu’a reclasser les musées suivant cet indicateur : cette fois le Centre Pompidou est le seul musée français à figurer dans le top 50 !

Si le Louvre était identifié comme une marque par SocialBakers (site qui propose un classement des pages Facebook), elle serait la 22ème marque au niveau national. Devant elle, on trouverait Air France, mais aussi Carambar, La Vache Qui Rit ou encore Les Lapins Crétins… Là encore, ce n’est pas une grille de lecture pertinente.

Autre tentative d’évaluation : Facebook affiche depuis peu un nouveau compteur pour les pages, le nombre de « personnes qui en parlent ». Pourquoi ne pas utiliser ce chiffre pour connaître une certaine forme d’engagement, sans oublier que plus une communauté est grande, plus l’engagement général est difficile à obtenir ? Ceci nous conduit à mettre en place un système de calcul pondéré avec un logarithme :

Engagement logarithmique = log (personnes en parlent) x 100 / log (personnes aiment ça)

Avec ce calcul, sur la quarantaine de musées de Paris et de la région parisienne disposant d’une page Facebook répertoriés pas notre étude, le musée du Louvre figure en 3ème place (voir tableau ci-dessous).

Les musées sur les réseaux sociaux numériques © Omer Pesquer, 2011

Les musées sur les réseaux sociaux numériques © Omer Pesquer, 2011

Au travers de ces différents essais, on voit qu’il est aujourd’hui très difficile de comparer l’engagement des différentes communautés Facebook des musées et des institutions culturelles, d’autant plus que celles-ci ont des profils très variés. Pour y voir plus clair, il faudrait disposer de véritables outils d’analyse, de quoi s’interroger sur les stratégies numériques actuelles des musées et le travail de leurs community managers. D’ailleurs, l’article du Figaro n’indique pas quelles sont les personnes au Louvre qui travaillent sur les réseaux sociaux.

Quelle politique numérique pour la superstar des musées ?

Page d'accueil de la Communauté Louvre, novembre 2011

Page d’accueil de la Communauté Louvre, novembre 2011

Si on revient à présent à l’article, ce qui a surpris beaucoup de muséogeeks dont un certain nombre de community managers, c’est l’absence d’une véritable analyse de la gestion des comptes Facebook des institutions citées. La journaliste semble s’être contentée d’aligner les chiffres, listant les musées comme on récite le palmarès du Festival de Cannes. Or, s’il paraît évident qu’une telle analyse doit s’appuyer sur des statistiques, il faut le faire de manière intelligente et ne pas se borner au nombre de fans ou de followers.

Quand on se penche davantage sur la politique du musée du Louvre en matière de RSN, on peine quelque peu à comprendre la direction adoptée. Pourtant, on sent vraiment un véritable effort de la part du musée pour s’essayer aux réseaux sociaux, malgré plusieurs tentatives infructueuses. L’exemple le plus frappant est la Communauté Louvre, une plateforme qui devait permettre aux fans du musée et, plus largement, aux amateurs d’histoire de l’art d’échanger et de partager autour de leurs œuvres favorites. Malheureusement, avec des fonctionnalités mal définies et un contour flou, la Communauté Louvre n’est pas parvenue à installer une vraie relation avec ses (quelques) membres et a fermé ses portes le 15 octobre dernier, après à peine 10 mois d’existence. Faute de moyens et de temps pour installer l’expérience, peut-être, mais surtout en raison de choix qui se sont révélés risqués, comme la volonté affichée de créer de toute pièce un réseau social, totalement déconnecté des plateformes pré-existantes, telles que Facebook et Twitter. L’exemple de la page Louvre Jeunes n’est guère plus convaincant : avec un seul mois d’existence, le temps de publier cinq statuts, il est difficile d’évaluer la pertinence d’une telle initiative.

Le MoMA sur Twitter

Le MoMA sur Twitter

Si on examine à présent l’activité du Louvre sur Twitter, on observe qu’elle est encore timide, surtout quand on la compare à celle du MoMa, qui propose plusieurs comptes régulièrement mis à jour, spécialisés en fonction des publics (par exemple, MoMAteens pour les adolescents, MoMAStudio pour les fans de design ou encore MoMAevents pour les événements spéciaux). Sans entrer dans les détails du comparatif entre les deux plateformes, il est bien plus facile d’obtenir un grand nombre de fans sur Facebook que de followers sur Twitter, et les relations qu’on entretien avec les deux publics ne sont pas les mêmes. Rien n’est plus simple que de cliquer une fois sur J’aime, sans porter attention aux contenus diffusé par la page ensuite. D’ailleurs sur Facebook, certains musées tels que le Musée d’Orsay et La Monnaie de Paris ont adopté des mécanismes d’acquisition d’abonnés pratiquées par des enseignes commerciales : « Cliquez sur J’aime pour visionner des contenus exclusifs ou encore gagner des lots ». Mais construire une relation avec un follower sur Twitter nécessite une réactivité importante et une grande disponibilité dans le but d’installer une véritable conversation.

Capture d'écran de l'app iPhone du musée du Louvre

Capture d’écran de l’app iPhone du musée du Louvre

Si on ouvre la réflexion aux autres supports, la tableau n’est guère plus convaincant. L’application iPhone du Louvre, par exemple, est-elle à la hauteur d’un tel musée ? Avec des fonctionnalités limitées qui évoquent le catalogue d’œuvres choisies plus qu’une véritable application institutionnelle, cette app peine à convaincre. C’est d’autant plus frappant quand on voit la qualité d’autres applications comme celle du musée du Quai Branly. Malgré ses maladresses en terme de graphisme et d’ergonomie, cette app propose un contenu de qualité et permet autant de préparer sa visite que de la prolonger. Or, l’application du Louvre a été téléchargée 2 millions de fois, un excellent chiffre, mais qui est davantage du à la popularité mondiale du musée qu’à la qualité intrinsèque du produit.

L’exigence de contenus de qualité

Mais revenons aux réseaux sociaux : animer une communauté, sur Facebook, Twitter ou sur d’autres plateformes, ce n’est pas seulement collecter des fans, des followers et poster régulièrement des communiqués de presse de son institution. Il s’agit d’un travail conséquent, de longue haleine, qui demande du temps et de l’implication pour installer une relation, en diffusant des informations pertinentes autour de thématiques précises. Les bénéfices ne sont pas seulement financiers, il s’agit aussi de bénéfices d’image : il en va de l’ambition de l’institution, de sa compréhension des enjeux et des attentes des publics en terme d’interaction.

Musée de la MarineAu delà des chiffres, il convient d’examiner le degré d’engagement des institutions avec leurs publics, la pertinence et la qualité des contenus proposés, mais aussi l’aptitude à l’expérimentation. Justement, ce qui peut paraître frustrant, c’est de voir qu’un musée aussi prestigieux que le Louvre ne propose pas une politique plus audacieuse en matière de numérique. C’est flagrant quand on voit des musées comparables à l’international qui s’engagent et proposent des contenus de qualités (on pense au MoMA de New York, déjà cité plus haut ou à la Tate à Londres). C’est encore plus frappant lorsqu’on regarde du côté de musées aux proportions plus « modestes » qui proposent des politiques numériques dynamiques et proactives, portés par les personnalités enthousiastes comme le Museu Maritim de Barcelone, le SFMoMA à San Francisco ou encore le musée du Moyen-Âge (Cluny), le musée de la Marine, la Cinémathèque et l’Adresse, le musée de la Poste à Paris.

La politique numérique d’une institution culturelle va plus loin que la simple promotion de son actualité, elle renseigne sur son ouverture, sa générosité, son adaptabilité. Lorsqu’une institution comprend la richesse des réseaux sociaux, qu’elle s’en empare comme outil de médiation plus encore qu’outil de communication, c’est son rapport au public en général qui change, y compris dans ses murs.

Pour conclure

L’article du Figaro nous a permis de mettre en évidence l’absence d’outils performants qui permettraient d’évaluer la qualité de la présence des musées sur les RSN. Dans un prochain article, nous aurons l’occasion de revenir sur la technique de calcul esquissée ici. En attendant, amis muséogeeks, c’est peut-être l’occasion pour se lancer dans la création d’un tel outil, de manière collaborative !

Enfin, la brève illustre aussi la difficile adaptation, dans le contexte de la culture, de postes nouveaux tels que les community managers. Ces derniers doivent redoubler de pédagogie pour convaincre de leur utilité à l’intérieur de leurs institutions – parfois réticentes au changement et à la nouveauté -, tout autant qu’informer à l’extérieur de ces structures un grand public et une presse pour laquelle les raccourcis sont aisés.

Nous souhaitons remercier les membres du groupe MuzeoNum pour leur participation active à la discussion et leurs réponses à nos questions.

Pour aller plus loin