Archives par étiquette : exposition

Quand la muséographie des sciences et des arts emprunte à l’installation ou à d’autres formes de travail plasticien, quand la singularité du regard ou le paradoxe de l’attitude devient le critère de choix du “conservateur invité” chargé de réaménager le musée, quand le catalogue tourne, entre traité de philosophie et livre d’artiste, à l’oeuvre originale, sans guère de lien avec la tradition descriptive, l’identité du musée lui-même devient floue.

Musée et muséologie, Dominique Poulot, éd. La Découverte, 2009.

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Le Centre des Sciences de Montréal propose une communication originale et décalée dans le métro pour la promotion de son expo “Dinosaures, (re)découvertes”

Brancusi, film, photographie – Image sans fin au Centre Pompidou

Le Centre Pompidou propose une exposition courte (dans le bon sens du terme), pas bavarde, avec juste ce qu’il faut comme repères historiques, artistiques et thématiques pour comprendre l’oeuvre. Les éléments de médiation, principalement écrits, laissent de la place à l’interprétation personnelle, dans le respect du travail de l’artiste. La photographie et le film apportent un autre regard sur la sculpture de Brancusi.

Capture d'écran du hashtag #PaDeBo

Réflexions sur le principe du livetweet d’exposition

Capture d'écran du hashtag #SNCP

Capture d'écran du hashtag #SNCP

Comme j’ai pu l’illustrer dans mon précédent article, le livetweet est une pratique émergente de la visite de musée. Livetweeter (également #livetweeter ou #LT), c’est raconter en temps réel un événement, un moment que l’on vit sur Twitter. Pour cela, il est nécessaire d’ajouter dans ses tweets un hashtag, c’est-à-dire un mot-clé précédé du signe dièse, ce qui permet à Twitter d’indexer ces mots et aux utilisateurs de retrouver rapidement toutes les occurrences du terme. Plusieurs expériences ont déjà été mises en place par Gonzague Gauthier, community manager du Centre Pompidou, le plus récent étant celui de l’exposition Othoniel le 23 mai dernier (Gonzague a également livetweeté sa visite de l’exposition Dogon au Musée du Quai Branly à titre personnel). Une autre expérience remarquable est la Nuit tweete, organisée par les agences Buzzeum et Hexagramm dans le cadre de la Nuit des musées, le 14 mai dernier (à ce sujet, voir le compte-rendu de Buzzeum de l’opération ). Je vous livre ici quelques réflexions sur cette pratique.

Vers de nouvelles expériences de visite

Nous savons qu’il existe déjà bien des manières de rendre compte de la visite d’une exposition : des moyens techniques « traditionnels », tels qu’un récit de visite, un reportage photo, audio ou vidéo ; ainsi que des moyens numériques plus récents, déclinaisons des précédents, comme le récit publié sur un blog, le reportage photo/vidéo posté sur Flickr ou YouTube. Le livetweet s’inscrit dans le prolongement de ces modes d’expression, mais vient bouleverser la manière dont un visiteur perçoit et communique sa visite, car il présente avant tout une expérience personnelle immédiate. Suivre un livetweete, c’est vivre en direct l’expérience d’un visiteur qui partage avec vous ses émotions, ses pensées, ses découvertes, ses surprises, ses déceptions. Livetweeter participe donc à la redéfinition du rapport entre musée et visiteur.

Lors de la conférence sur les stratégies virtuelles des musées au Centre Pompidou (illustrée ci-dessus avec le hashtag #SNCP, voir également la note d’Art Media Agency), Bernard Stiegler rappelait que prendre des photos d’une œuvre qu’il ne comprend pas participe au geste d’appropriation de l’œuvre par le visiteur. Il me semble que le livetweet d’exposition va en ce sens et prolonge même l’appropriation en la complétant par une dimension sociale. En effet, livetweeter est à la fois une expérience solitaire – les yeux rivés sur mon smartphone, je décris ma visite sur un clavier numérique – mais aussi une expérience sociale et participative, car les « auditeurs » qui me suivent sur Twitter peuvent interagir, me pauser des questions, me demander plus de détails sur un artiste, me suggérer d’aller voir une œuvre, ou encore me proposer un point de rendez-vous s’ils sont aussi dans l’espace d’exposition.

Enfin, Livetweeter contribue au retour de l’amateur qui se manifeste depuis quelques années à travers l’émergence de nouvelles pratiques de visites liées au web social. Loin de remplacer un compte-rendu classique, le livetweet vient le compléter pour ne pas dire l’augmenter, en y ajoutant des contenus pris sur le vif (photographies, hyperliens et sans doute plus tard contenus son et vidéo selon l’évolution de Twitter). Tout comme tenir un blog, créer un reportage photo sur Flickr ou partager ses impressions sur le mur de son profil Facebook, livetweeter participe à la création et à la diffusion de contenu autour de l’exposition, ce qui rend le visiteur toujours moins spectateur et toujours plus acteur de sa visite.

Capture d'écran du hashtag #PaDeBo

Capture d'écran du hashtag #PaDeBo

Les limites techniques mais aussi politiques

Le livetweet est confronté à plusieurs limites, à la fois fonctionnelles, techniques et pratiques, mais aussi politiques. Tout d’abord, le caractère instantané du livetweet comporte en lui-même un inconvénient : privé de tout recul, le livetweet d’exposition est une expérience sur le vif, qui peut s’exposer aux a priori, aux erreurs et aux approximations. Il est difficile de vérifier des informations et de les recouper avant de les publier au cours d’un livetweet. Pris dans l’immédiateté, le livetweet est davantage assimilable à une opinion personnelle qu’à un contenu de type informatif.

D’un point de vu pratique, il faut disposer d’un smartphone et d’un compte Twitter.  Dit comme ça, ça a l’air bête mais, sans entrer dans les détails du profil de visiteur que cela implique, on comprend bien que le livetweet n’est pas une pratique très courante (rappelons que selon une étude récente, la France compte 2,4 millions de comptes Twitter, ce qui est très modeste face aux 22 millions d’utilisateurs de Facebook dans l’Hexagone).

Enfin, d’autres barrières se dressent devant la pratique du livetweet : accéder à un réseau de qualité n’est pas toujours chose aisée dans les musées et sites culturels. Parfois pour des raisons techniques – équiper un bâtiment ancien fait d’épais murs et de plusieurs niveaux relève du casse-tête -, mais aussi pour des raisons politiques. Certains musées, bien que minoritaires, interdisent la photographie à l’image du Musée d’Orsay. En outre, peu de gardiens de salles sont très bienveillants lorsqu’un visiteur sort son téléphone portable qui reste encore, pour bien des utilisateurs, associés à de bruyantes conversations indiscrètes. Ces établissements plutôt réticents à l’entrée du numérique participatif sur leur territoire n’ont donc aucun intérêt à favoriser l’accès à un réseau, qu’il s’agisse de la 3G ou du wifi. D’ailleurs, même les musées les plus « ouverts » sont confrontés au problème avec l’exemple du wifi du Centre Pompidou, peu pratique d’emploi et souvent instable.

Quelques exploitations possibles

L’intérêt premier du livetweet pour les musées est d’obtenir un retour, un avis sur la visite, à la manière du livre d’or classique¹ ou de la page Facebook. Comment l’exposition a-t-elle été accueillie par les visiteurs, quels ont été leurs coups de cœur, les artistes ou les expôts qui ont le plus plu, etc. Ces informations pourront être exploitées par la conservation et la direction des musées pour travailler le contenu et la programmation des expositions à venir, mais aussi par les services commerciaux et la communication/presse pour positionner l’offre commerciale et la communication autour des prochains événements.

Parmi les autres possibilités d’exploitation, l’illustration graphique les données recueillies autour d’un événement est une piste qui se développe actuellement. On peut citer les visualisations de Raphaël Velt pour les Rencontres Numériques ou pour la Nuit tweete, développées pour Knowtex. Ces dataviz (pour datavisualization) proposent une mise en image des données, ce qui permet une lecture graphique plus facile des informations, mais surtout elles permettent d’établir des connections entre des informations qu’il n’est pas possible de faire avec des compte-rendus écrits classiques.

Enfin, il faut citer Polemic Tweet, mis au point par l’IRI qui se présente comme un outil permettant « aux spectateurs d’un événement de twitter en donnant une teneur polémique à leur propos. » À l’aide de quatre marqueurs, l’utilisateur peut donner une tonalité à son tweet : « ++ » pour approuver, « — » pour marquer son opposition, « == » pour compléter le propos, signaler un lien ou une référence et enfin « ?? » pour poser une question à la communauté. En complément, le dispositif génère un diagramme en bâtons qui aggrège l’ensemble des tweets, synchronisé avec l’enregistrement video de la conférence, ce qui permet une visualisation « subjective » de l’événement : approbation ou désaccord, réactions vives ou mesurées.

Bien que cet outil présente un véritable intérêt dans le cas de conférences ou de débats, Polemic Tweet me parait difficilement adaptable au livetweet d’exposition car il s’appuie sur les échanges immédiats et s’inscrit dans la temporalité d’un événement. Lors d’une conférence, par exemple, un intervenant peut répondre à une question posée dans l’assistance avec le marque « ?? » ou rebondir sur une affirmation marquée par « == ». Dans le cas d’une exposition, l’artiste peut difficilement répondre en direct par un tweet à une question. Aussi, le seul cas où Polemic Tweet peut être utilisé pour une exposition est le livetweet collectif (comme ceux proposés par Gonzague Gauthier pour le Centre Pompidou évoqués plus haut). Dans le cas d’une visite de groupe, les visiteurs-twittos ont tout intérêt à échanger à la fois entre eux et avec leurs followers, en utilisant les marqueurs d’opinion. On retrouve ainsi la couche sociale ajoutée à l’exposition par le livetweet et évoquée plus haut.

Et demain ?

Le livetweet est donc une pratique qui concourt à la création d’une nouvelle définition de l’expérience du visiteur, à la fois intime et sociale, proposant un contenu enrichi et une dimension immédiate. Il se heurte à des limites techniques (disposer d’un smartphone, couverture du réseau) et politiques (le musée peut choisir de brider voir d’empêcher l’accès au réseau, d’interdire les photos). En revanche, il ouvre le chemin vers de nouvelles manières de décrire, mais aussi d’évaluer et d’appréhender la visite. En somme, le livetweet renouvelle la proposition de Marcel Duchamp selon laquelle l’œuvre se fait dans l’oeil de celui qui regarde.

MÀJ du 08/06/11 : ajout des références à Polemic Tweet (merci à @nicolasauret) et au livetweet collectif d’exposition (merci à @_omr).

Cet article a été repris sur le Knowtex Blog le 17 juin 2011.

¹Au passage, on peut se demander si le livre d’or de l’exposition n’est pas appelé à disparaître dans sa forme actuelle de cahier papier, compte tenu des différents modes d’expression disponibles sur le web social et d’autres systèmes de communication émergents. Ceci pourra être l’objet d’une prochaine réflexion.

"Communion" de Matt Pyke, Field & Simon Pyke, photo © James Medcraft, 2011

Idées sorties pour le weekend !

"Communion" de Matt Pyke, Field & Simon Pyke, photo © James Medcraft, 2011

Pour faire suite à mon article sur l’exposition Matt Pyke & Friends à la Gaîté Lyrique, sachez qu’il est à présent possible d’écouter et de télécharger l’hypnotisant morceau composé par Simon Pyke pour l’œuvre Communion, puisque la Gaîté lui consacre un dossier complet. Vous y trouverez une interview du compositeur, ce morceau donc, ainsi que d’autres pièces écrites par Simon et des sources d’inspirations musicales pour son travail. Dépêchez-vous, il ne vous reste que trois jours pour visiter l’expo ! Et si vous passez par la Gaîté ce weekend, faite un tour par LEX, L’Expérience Japonaise, festival qui se propose d’explorer les multiples facettes de la créativité et de la culture japonaise, au-delà des clichés habituels. Et racontez-moi ça, je ne pourrai pas y assister !

Affiche du Festival de l'Histoire de l'art, design © MAJi

À voir ce weekend également : la première édition du Festival de l’Histoire de l’art, créé à l’initiative du Ministère de la Culture, de l’INHA et du Château de Fontainebleau. Visites-conférences, tables-rondes, expositions et ateliers pédagogiques sont au programme de cette première édition mettra à l’honneur l’Italie et le thème de la folie. Buzzeum en parle ici et culture.fr aussi.

En ce moment et jusqu’au 24 juillet (bon oui, vous avez encore le temps), la Cité de l’Architecture et du Patrimoine propose La ville fertile, une exposition étonnante, qui explore les enjeux de la nature dans la ville à l’heure où développement durable et éco-conception sont les maîtres mots de l’urbanisme. La scénographie est ambitieuse : les voûtes des caves du Palais de Chaillot ont été transformées en véritable jungle pour la première partie de l’exposition, qui met en lumière une sélection de projets internationaux innovants. Je vous conseille notamment la vidéo qui suit le montage de NYC Waterfalls, chutes d’eau artificielles montées à New York par Olafur Eliasson. La seconde partie, plus consensuelle, fait la part belle aux plans, maquettes et carnets de croquis, autour de sept thématiques parmi lesquelles l’eau, le feu, le terre.

Et pour finir, je vous laisse avec le teaser de Paris-Delhi-Bombay… qui ouvre aujourd’hui au Centre Pompidou et que j’ai pu visiter hier. Je prépare un article sur l’expo qui croisera plusieurs media, mais chut, c’est pour bientôt !

Capture d’écran de la page de l'expos sur le site du MAC

« En verre, sous verre et… sans verre » au MAC, Montréal

Capture d’écran de la page de l'expos sur le site du MAC

Capture d’écran de la page de l'expos sur le site du MAC

Dans le cadre de l’événement « Montréal, ville de verre », le Musée d’art contemporain de Montréal présente une sélection d’oeuvres issues de ses collections et réunies autour du verre. L’exposition explore diverses thématiques liées à ce matériaux : transparence, solidité, rigidité mais aussi poésie et violence.

Parmi les douze pièces présentées, quelques unes émergent, toutes d’auteurs québécois : il y a d’abord « Le tournis » (2008) de Gwenaël Bélanger (dont on conseille le site, bien construit et très complet), une vidéo fascinante, représentant un miroir qui éclate, cadré au plus proche du sol. Accompagnée d’une bande sonore agressive, la projection, réalisée en stop-motion, mêle poésie et malaise physique avec une certaine habilité. Puis viennent deux pièces de Claudie Gagnon, « Les hôtes » (2007), une impressionnante table dressée de vaisselle en verre, surmontée par « Le grand veilleur » (2007), un lustre de verre. L’opulence et la débauche de moyens de l’installation semblent nous interroger sur la futilité du luxe et de la société de consommation. Elle installe un malaise qui nait de la confrontation entre la puissance de l’accumulation et fragilité apparente de la vaisselle exposée. Enfin, « Classifié » (2003) de Claude Hamelin, un meuble de rangement en verre, qui renferme des tas de papiers blancs soigneusement disposés et qui n’est pas sans évoquer le monde du travail et son obsession pour le classement. À ce propos on conseille la lecture d’un article d’Élise Thierry consacré à cette oeuvre sur le blog Les archives à l’affiche.

Malgré ces quatre pièces de qualité, l’exposition peine à installer une cohérence entre les oeuvres, et aucun dialogue entre elles ne semble émerger.

Exposition du 24 avril au 3 octobre 2010, commissaire : Josée Bélisle, conservatrice de la collection permanente du MAC. J’ai visité l’exposition le 21 juillet 2010.

Paprika Seripop à la Galerie Anatome

Paprika et Seripop à la Galerie Anatome

Paprika Seripop à la galerie Anatome

Paprika Seripop à la galerie Anatome

La galerie Anatome, bien connue des amateurs de graphisme, d’illustration et d’affiches, expose en ce moment deux studios de création montréalais : Paprika et Seripop.

Au rez de chaussée de ce très bel espace, Paprika présente un travail élégant et fin, qui ne tombe jamais dans un possible excès de préciosité (voir notamment l’identité de Marie-Yvonne Paint, agent immobilier à Montréal). La typographie joue un rôle important dans la production du duo composé de Joanne Lefebvre et Louis Gagnon, comme l’illustre leurs affiches pour la défunte galerie de design Commissaires (autrefois au 5226 Saint-Laurent) et qui figure parmi leurs travaux les plus remarquables. Ils vont encore plus loin avec leur propre identité, puisque la lettre devient motif sur leur papier à en-tête, leur carte de visite ou leur packaging.

À l’étage, Seripop propose un travail de sérigraphie dense, coloré, bruyant, qui colonise les murs et les poutres de la galerie. De nombreuses pochettes de disques (dont une pour Arcade Fire) et des affiches de concerts, qui sont complétées par une table de sérigraphie reconstituée dans un coin, ainsi qu’une vidéo illustrant le procédé : les connaisseurs retrouveront passage de la couleur, séchage, toiles à enduire, typon et autres outils.

Enfin, sur la mezzanine, une brève présentation du paysage graphique de Montréal permet d’en apprendre plus sur l’identité visuelle de la ville, mais aussi sur l’évolution du logo du Canadien (le fameux CH bleu, blanc, rouge) ou encore sur le métro et la STM (la Société des Transports de Montréal). Un hommage est également rendu aux graffitis qui peuplent les murs de la ville (appelés « murales » au Québec) et aux dépanneurs, avec un amusant inventaire photographique.

La scénographie, d’une grande simplicité, occupe principalement les murs pour y montrer les affiches des deux agences. Des vitrines permettent de consulter les productions de plus petit format, telles que les packagings de Paprika pour la Galerie du Chocolat. Quelques accidents visuels viennent rythmer l’espace. Rien de bien ambitieux donc, mais tout est parfaitement adapté au très bel espace de la galerie Anatome.

« Paprika Seripop, un regard graphique sur Montréal », à la galerie Anatome (Paris) jusqu’au 24 juillet 2010. J’ai visité l’exposition le 25 mai.

« Le Louvre pendant la guerre : regards photographiques 1938-1947 » au Musée du Louvre

(c) Pierre Jahan/Archives des musées nationaux.

(c) Pierre Jahan/Archives des musées nationaux.

Le Louvre pendant la guerre, c’est un peu la tarte à la crème de l’histoire du vaisseau amiral des musées de France. Le commissaire Guillaume Fonkenell et son équipe s’en sortent très bien en proposant une exposition simple, dépouillée, extrêmement lisible.

La scénographie est basique mais efficace : aux murs de l’unique salle carrée sont accrochées les photos de petit format, mélange de tirages d’époque et de reproductions contemporaines. Au centre, un bloc de panneaux présentant quatre faces qui nous mènent de l’accueil du visiteur à la clôture de l’exposition en passant par un montage vidéo et un gros plan sur la Joconde. Le choix d’une organisation à la fois thématique et chronologique est tout à fait pertinent pour le sujet : les premiers panneaux abordent les grands axes de l’histoire du Louvre à travers la guerre, puis viennent les études de cas de la Victoire de Samothrace, de la Joconde et de la Venus de Milo. Le tout adopte une double narration, présentant dans la partie haute les événements historiques et en regard, plus bas, leur influence sur le Louvre.

Les textes sont claires, abordables et mettent l’accent sur le contexte historique, politique et culturel. Bel effort assez rare pour être souligné, tous les textes, panneaux d’interprétation et cartels y compris, sont trilingues : français, anglais et allemand. Pour chaque photographie, un plan de situation indique avec un point coloré le lieu de prise de vue dans le Palais et ses environs. On découvre avec passion les différentes étapes de la mise en sécurité des oeuvres dans les châteaux aux quatre coins du pays, les saisies par les officiers Nazis, les habiles manoeuvres des conservateurs pour éviter le pillage des collections nationales, le musée quasiment vide au coeur de la guerre, gratuit pour les Allemands, payant pour les Français. C’est passionnant comme un bon polar et fascinant de voir à quel point le patrimoine a été l’enjeu de combats administratifs aussi périlleux que sur le front.

Parmi la dizaine de photographes présentés, on retiendra l’oeil de Pierre Jahan : « Le chemin des madriers de la Victoire de Samothrace » (21 juin 1945) qui propose une composition géométrique remarquable évoquant les classiques de Rodtchenko et de Moholy-Nagy, ou encore « Plein cadres sur les balayeurs » qui n’est pas sans rappeler les « Raboteurs de parquet » de Caillebotte (1875, conservé au Musée d’Orsay).

L’exposition est aussi une occasion de dévoiler quelques anecdotes qui ne manquent pas de piquant et participent au mythe du Louvre : la Joconde et sa fameuse caisse marquée « LP0 » pour « Louvre Peintures 0 » et des trois points rouges, les jardins autour des Tuileries mis en culture à cause des rationnements, le musée touché à deux reprises par des obus ou encore un avion britannique abattu à 200m de la Cour Carrée.

Au final, une expo inspirée, sobre et efficace, qui démontre qu’on peut faire d’excellentes présentations avec un budget serré et de l’ingéniosité.

Le Louvre pendant la guerre : regards photographiques 1938-1947 au Musée du Louvre, aile Sully, salle de la maquette, du 7 mai au 31 août 2009. J’ai visité l’expo le mercredi 26 août 2009.