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Colloque-événement Participa(c)tion au MAC/VAL.

Avec et sans peinture : retour sur un atelier participatif au MAC/VAL

Avec et sans peinture au MAC/VAL

Avec et sans peinture au MAC/VAL

Il y a quelques jours se tenait le colloque-événement Participa(c)tion au MAC/VAL, qui m’a invité à proposer un atelier. En collaboration avec les équipes du service des publics, nous avons conçu « Avec et sans peinture », un atelier en ligne et hors ligne, invitant les visiteurs à participer à la création des contenus autour des œuvres du Parcours #6, le prochain accrochage du musée, qui sera consacré à la peinture et débutera en janvier 2014. Après une première phase sur la page Facebook du musée en novembre 2013, je vous propose de revenir en quelques mots sur l’atelier qui s’est tenu le dimanche 8 décembre.

Participez en trois étapes faciles !

À leur arrivée au salon, les visiteurs étaient accueillis par trois médiateurs du MAC/VAL, Alice Martel et moi-même. Il leur était proposé de choisir une œuvre issue des collections, représentée sur une fiche papier plastifiée, parmi deux groupes : des œuvres exposées actuellement et d’autres, déjà montrées pour certaines, qui rejoindront le Parcours #6. Ensuite, les visiteurs devaient tirer au sort un défi, dans une liste de 16 défis aussi variés que : « Vous êtes l’artiste, présentez-nous votre travail », « Décrivez l’œuvre à quelqu’un qui n’est pas là », « Retrouvez l’œuvre dans les salles et prenez-vous en photo avec » ou encore « Dessinez l’œuvre d’un seul trait ». Enfin, les visiteurs avaient le choix entre quatre principaux modes d’expression : le support papier pour l’écrit et le dessin, une cabine vidéomaton, un point d’enregistrement audio et un poste connecté à la page Facebook de l’événement.

Quels retours ?

Au total, je pense que nous avons eu une bonne cinquantaine de participations de toute sorte [MÀJ du 12/12/13 : 61 participations exactement], avec un public plutôt familial. J’ai été aussi étonné que ravi de voir l’enthousiasme des visiteurs, dont la plupart se sont prêtés au jeu avec bonheur. L’énergie d’un jeune visiteur, à peine âgé de 10 ans, qui a insisté pour accomplir le maximum de défis avec deux œuvres qu’il avait choisies, m’a vraiment impressionné — son père a du insister plusieurs fois avant qu’il ne consente à renoncer à compléter sa quête au moment où l’atelier se terminait.

Si la localisation de l’atelier, dans le salon du MAC/VAL où sont placées les machines à café, a été un facteur intéressant pour « attraper » des visiteurs au vol, sa tenue en parallèle aux conférences publiques et aux performances a peut-être réduit la fréquentation. La signature de la décharge autorisant le musée à exploiter les productions des participants et, le cas échéant, leurs sons et leurs images, n’a pas non plus posé problème. Enfin, à première vue, pas vraiment de participations fantasques : l’accompagnement par les médiateurs sur place à permis d’éviter les ados qui lancent l’enregistrement, font quelques grimaces et partent en pouffant.

Et la suite ?

Avec et sans peinture au MAC/VAL

Le mur des participations écrites et dessinées

Le MAC/VAL définira prochainement des critères pour la sélection d’un certain nombre de participations, qui seront valorisées dans le cadre du prochain accrochage temporaire. J’ai proposé au musée que les productions des visiteurs soient mises en valeur à la fois en ligne (ce qui ne devrait pas être un problème sur le site du musée) et dans l’espace physique de l’exposition, dans la limite des possibilités techniques. Le MAC/VAL profitera sans doute de son comité de visiteurs pour sélectionner les participations les plus pertinentes et travailler à leur valorisation, peut-être sous la forme d’un journal de l’exposition, en parallèle au discours institutionnel du musée. Enfin, un verbatim des participants pourrait aussi être envisagé, quelque soit le support de leur proposition.

Je profite de l’occasion pour remercier Stéphanie et Alice pour leur invitation, Marion, Gilles, Arnaud pour leur collaboration, ainsi qu’Irène, Adrien et Abdel pour la qualité de leur accueil au musée.

"Tara" de Ravinder Reddy, 2004

« Paris-Delhi-Bombay… » au Centre Pompidou

"Tara" de Ravinder Reddy

"Tara" de Ravinder Reddy

Du 25 mai au 19 septembre, le Centre Pompidou présente Paris-Delhi-Bombay… L’exposition, non linéaire, est constituée de six zones thématiques articulées autour d’une place centrale, définie dans le dépliant comme un « espace documentaire instructif au coeur de l’exposition ». Ces thèmes, la politique, la religion, l’urbanisme et l’environnement, le foyer, l’identité, l’artisanat ont pour but d’éclairer le visiteur sur l’Inde, à travers les échanges entre plasticiens indiens et français. La majorité des pièces ont été réalisées spécialement pour l’exposition.

Passées les généralités – « l’Inde est le deuxième pays le plus peuplé de la planète, la plus grande démocratie du monde et un acteur économique majeur » – le dépliant nous apprend que l’ambition de l’exposition est de « faire découvrir la société et la création contemporaines indiennes, mais aussi de favoriser le dialogue, de susciter les échanges, de tisser des liens durables entre nos deux cultures. »

Parmi les 50 artistes français et indiens réunis dans l’exposition, une douzaine a retenu mon attention. Trois installations de grand format ouvrent l’exposition : avant l’entrée Draps-peaux hybridés d’Orlan, un mélange des drapeaux français et indien fait en sequins brillants, technique utilisée pour des panneaux publicitaires en Inde. Puis vient My hands smell of you, 2010-2011, un impressionnant mur de déchets numériques, de Krishnaraj Chonat qui questionne les rapports Nord/Sud alors que les pays développés se débarrassent de leur déchets dans les pays émergents. Enfin, trônant au centre de la rotonde, Tara de Ravinder Reddy, sorte de tête moai qui représente une femme apprêtée, maquillée et soigneusement coiffée, en hommage à la femme indienne contemporaine.

Urbanisme et environnement

Hema Upadhyay rend hommage aux habitants du bidonville de Dharavi.

Hema Upadhyay rend hommage aux habitants du bidonville de Dharavi.

Dans Think Left, Think Right, Think Low, Think Tight (2010), Hema Upadhyay reconstitue le bidonville de Dharavi, l’un des plus grands au monde, et crée un sentiment d’oppression pour le spectateur qui passe entre deux murs saturés de ruelles et de maisonnettes faites de matériaux recyclés, de jouets, d’objets divers. Avec Delhi Cold Storage (notes et hypothèses de travail), Alain Bublex propose de belles prises de notes photographiques sur le système D en Inde avec un accrochage de qualité qui joue la simplicité.

Religion

Avec Inde au noir (2008-2011), Stéphane Calais propose une belle œuvre à la fois graphique et politique : douze dessins de grande taille, encres noires sur papier blanc qui représentent des fleurs et un ballon pendu, faisant références aux pratiques meurtrières de la secte Thug.

Juste à côté avait lieux une performance de Nikhil Chopra, dont j’ai pris une rapide photo visible dans la galerie en fin de ce billet, mais face à la foule amassée devant l’alcôve, je ne suis pas resté. Plus loin, une importante pièce de Gilles Barbier, devant laquelle je ressens toujours le même perplexité.

Loris Gréaud, pour sa part, présente une pièce splendide, The Bragdon Pavilion (2011), une véritable expérience numérique qui sollicite à la fois l’ouïe, la vue et le corps dans son ensemble et qui relie performance graphique et pertinence thématique. Je vous invite à vous pencher sur la notice de l’oeuvre si vous souhaitez connaître l’origine et le propos. Pour ma part, je préfère m’en tenir à l’émotion qu’elle provoque en moi : contemplation graphique, hypnose musicale, voyage mystique-numérique.

Foyer

Avec Ali Baba (2011), Subodh Gupta évoque la question de la faim en Inde, face à la surconsommation en Occident. On ne peut pas vraiment rester de marbre l’accumulation vertigineuse d’ustensiles de cuisine – casseroles, louches, boîtes diverses – qui remplissent une pièce du sol au plafond. Je ne sais pas si c’est intentionnel, mais la ressemblance avec certains rayonnages d’Ikea ne fait qu’ajouter au malaise. Plus loin, le duo Thukral & Tagra présente trois pièces sur la sexualité qui mêlent subtilement images traditionnelles et prévention face au VIH, dans un pays où le sexe reste un puissant tabou.

"Frontières/Pakistan" (2010) d'Alain Declerq

"Frontières/Pakistan" (2010) d'Alain Declerq

Artisanat, politique

Avec Freedom is everything (2007) Sakshi Gupta détourne les codes classiques du tapis artisanal indien, réinterprété avec de lourdes pièces de métal provenant de voitures, allusion à l’industrialisation rapide de l’Inde. Œuvre éminemment politique, Alain Declerq dessine les frontières qui séparent l’Inde et le Pakistan avec 12 500 impacts de balle.

Identité

À mon sens, la partie la plus riche de l’exposition est la thématique Identité. L’espace s’ouvre sur trois pièces de Pushpamala N. en collaboration avec le studio Harcourt, qui propose des réinterprétations d’œuvres de l’histoire de l’art français : Marianne guidant le peuple ou figures d’Ingres.

Puis deux ensembles d’oeuvres de Tejal Shah sur les hijra, une communauté à la fois vénérée et crainte. Le premier groupe est constitué de trois photographies mettant en scène une héroïne hijra dans une sorte d’épopée mythologique. Le second est composée d’une photographie, d’un film vidéo et d’un ruban de LED. L’image, d’une violence difficilement soutenable, montre une hijra à terre, visiblement battue et à ses côtés un policier debout, urinant. La bande de LED diffuse le récit d’une hijra victime d’une agression tandis que sur le film, son visage tuméfié témoigne là encore de la violence dont elle a été la victime. Le contraste saisissant entre l’esthétique kitsch de la première série et l’installation bien plus dure est à la fois émouvant et éprouvant.

Avec Sun City (2010-2011), Sunil Gupta mets en scène la double vie d’un jeune gay indien qui vit à Paris, perdu entre une vie de couple paisible le jour et une vie sexuelle intense la nuit. Les 16 images qui composent ce roman-photo montrent des scènes très posées, qui laissent peu de place à la spontanéité. Gupta propose une photographie crûe et colorée, qui évoque plus les scènes de genre picturale que le photo-reportage.

Dans une grande pièce, Bharti Kher présente une impressionnante installation de miroirs brisés, Reveal the secrets that you seek (2011). Symboles d’une rencontre violente entre Inde et France, ces miroirs sont des reproductions d’originaux du Palais de Versailles, cassés et recouverts de bindi, sorte de gommette forte de symbolique dans la culture indienne, qui dessinent des motifs par répétition.

Pictogrammes pour différencier les zones thématiques

Pictogrammes pour différencier les zones thématiques

Scénographie et aspects techniques

En terme de scénographie, l’usage des pictogrammes symbolisant les différents espaces liées aux 6 thématiques me semble très efficace. Chaque oeuvre bénéficie d’une fiche qui contient les informations d’un cartel basique (dimensions, matériaux, année de production, collection et/ou statut d’inventaire), ainsi qu’un commentaire permettant d’en apprendre davantage sur la démarche de l’artiste et sur la place de l’oeuvre dans son travail. L’ensemble des informations est bilingue français/anglais.

Techniquement, j’ai remarqué des enceintes plates situées au dessus des vidéos, qui permettent de proposer un son directif très efficace : placé en dessous, on entend clairement la bande son, mais dès qu’on en éloigne elle ne parasite pas le reste de la visite. En revanche, dans la rotonde centrale, les textes sont en gris sur un fond orange, ce qui est peu lisible (vibration optique garantie) et demande de s’approcher du mur.

Vous pouvez retrouver le livetweet sur Twitter avec le hashtag #PaDeBo. Ci-dessous, la galerie photo sur Flickr, qui comprend les photos livetweetées pendant la visite (portant le tag #livetweet), ainsi que d’autres initialement non postées.

Exposition du 25 mai au 19 septembre 2011 au Centre Pompidou. J’ai visité l’exposition le mardi 24 mai dans le cadre du vernissage presse.

Je vous ai manqué ?

Métro de Montréal, station Mont-Royal (c) Sébastien Magro.

Métro de Montréal, station Mont-Royal (c) Sébastien Magro.

Voici plus d’un mois que je n’ai pas mis à jour ce blog, et pourtant je ne cesse pas d’enregistrer de nouveaux brouillons de billets ! En attendant, je souhaite vous faire partager quelques rencontres/liens/événements glanés ça et là et qui valent le détour…

[Photo]
Mathieu Harel-Vivier est un jeune plasticien, photographe et critique d’art que j’ai rencontré lors de mon séjour au MPM au début du mois. Basé à Rennes, il intervient dans la médiation et la coordination au Centre Culturel Colombier. Je vous proposerai prochainement une entrevue avec lui pour un gros plan sur son travail et sa pratique photographique.
– SB est une galeriste anonyme à Paris. Avec Léonore Forêt, elle a créé la Galerie Miniature, galerie sans lieu, qui propose des tirages petits formats de jeunes photographes émergents. Je publierai également un échange avec SB, où elle nous présentera les enjeux du projet dans le contexte des galeries photos actuelles.
Nicolas Havette est un jeune photographe. Diplômé de l’Ecole nationale supérieure de photographie d’Arles, il a beaucoup voyagé en Asie du sud-est, en Afghanistan, en Europe de l’est. Aujourd’hui il partage son temps entre la France et le Cambodge, où il a créé le PPP, Photo Phnom Penh, le premier festival de photo cambodgien. Je publierai aussi une interview de Nicolas.

[Design]
Claire Ferreira est une jeune et talentueuse designer produit. Après un BTS à l’Ecole Boulle, un DSAA à Olivier-de-Serres, son projet de diplôme pour le Master au Royal College of Arts lui vaut quelques publications, voir notamment l’article dans Yatzer.
– Apple vient de dévoiler quelques nouveautés : un iMac dont l’écran de 27″ de diagonal s’approche dangereusement d’un téléviseur, le MacBook revisité avec une coque unibody en polycarbonate, toujours plus vert, le Mac mini perfectionné et plus performant. Mais la véritable innovation c’est l’application de la technologie multi-touch sur la Magic Mouse, qui fait complètement disparaître les boutons au profil d’une surface intégralement tactile.
– Ouverture à Paris du Lieu du design voulu par Jean-Paul Huchon. Son emplacement géographique sur la rue du Faubourg St-Antoine le place dans une culture très design produit (voire carrément mobilier), son équipe de « gouvernance » (je cite le terme utilisé sur le site) ne semble pas contenir une seule personne en dessous de 50 ans, son identité visuelle lourde et datée, réalisée par une agence que je ne porte pas dans mon coeur… Bref, tout cela me fait un peu peur quand à la vocation de ce lieu et à ses futures actions. Mais ne soyons pas pessimiste, un tel lieu manquait réellement à Paris, laissons le projet évoluer et on verra.

[Mode]
– Quelques semaines après la parution du livre de son compagnon, Scott Schuman a.k.a The Sartorialist, la brillante bloggeuse de mode Garance Doré inaugure la nouvelle version de Vogue.com en proposant son carnet de note de la Fashion Week aux côtés de Carine Roitfeld. Une jolie manière de visiter les coulisses des défilés, avec la fraîcheur de la plume de Garance et ses photographies toujours impeccables.

Je vous laisse sur ces belles images et je vous donne rendez-vous dans les prochains jours pour une série de billets autour de la photo.