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La #MuseumWeek : stop ou encore ?

Alors que la troisième édition de la #MuseumWeek vient de prendre fin, je partage avec vous quelques réflexions à chaud. La première année, j’avais consacré deux articles – plus technique pour l’un et moins critique pour l’autre – à cet événement réunit sur Twitter des centaines de musées dans le monde.

Ah bah bravo l’entre-soit, on dirait un apéro des Inrocks dans un bar de la rue Oberkampf !

Sur le fond, l’un des reproches principaux fait à la #MuseumWeek, c’est de verser dans la discussion festive entre community managers, au lieu d’être une célébration de la participation des publics. Le symptôme le plus marquant est l’exemple des #battles, des « batailles » thématiques au cours desquelles les institutions s’échangent des photos de leur toits, de leurs escaliers, de leurs jardins, etc. Est-ce que trop de battles tuent la battle ? Le sentiment qui émerge, c’est une complicité entre musées avec blagues d’initié.e.s et private jokes en pagaille, excluant une véritable participation des publics.

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Si la question se pose pour les grandes institutions parisiennes, elle se formule tout autrement pour les musées de taille plus modeste, dont les interactions peuvent nourrir un positionnement éditorial pertinent, ainsi que l’inscription au sein d’une dynamique locale : je pense aux musées du Sud-Ouest de la France métropolitaine, qui ont profité de cette édition pour renforcer leur présence en ligne, autant que les relations inter-établissements, ouvrant la voie à de potentielles collaborations. Les battles et autres marques de complicité me semblent aussi avoir une véritable pertinence pour des musées dont les collections sont thématiquement proches : je pense aux interactions (RT, likes et réponses) qui se sont créé assez spontanément entre le compte du musée du quai Branly et le Musée de Nouvelle-Calédonie. Nous n’avions rien préparé en amont, mais nos programmations, nos collections et l’histoire de nos deux institutions étant liées, il était naturel d’avoir ce type d’échanges.

Mais c’est quoi tous ces mots avec des dièses devant ? J’y comprends rien !

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Sur la forme, l’impératif de deux hashtags, #MuseumWeek, auquel s’ajoute celui de la thématique quotidienne (#peopleMW, #heritageMW, etc), est assez lourd à mettre en place. Ce format, clairement contraignant, complique le message et rend le discours plus saccadé, moins fluide. Par exemple, pour #zoomMW, j’ai l’impression d’avoir publié deux fois plus de messages pour pouvoir parler de manière précise des objets (à vérifier à tête reposée).

L’engagement est également un vrai problème : si j’en crois sur mon expérience personnelle au musée du quai Branly, les RT et les likes pleuvent, mais les interactions avec les publics se font rares – sans parler de leurs participations, quasi inexistantes. L’appel que j’ai lancé mercredi pour #architectureMW n’ont pas vraiment donné lieu à un déluge de photos du musée. L’expérience montre que c’est soit sur le long terme que les participations émergent (le temps d’une exposition, par exemple) ou, au contraire, sur un temps très court mais avec une véritable interaction in situ (lors d’un jeu en temps réel, par exemple). Mais le format d’une semaine, pendant laquelle les musées tweetent aux heures de bureau, excluant de fait un grand nombre d’utilisateur/trices de Twitter, a un effet de dilution dans le temps, qui peut expliquer aussi la lassitude exprimée par certain.e.s des plus visiteur.se.s les plus investi.e.s sur la plateforme.

Plus c’est long, plus c’est bon ?

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Justement, plusieurs voix se font entendre dénonçant le trop plein. L’événement serait trop long, trop dense, et donnerait lieu à un flux trop important de tweets. Pour les amateur.e.s de sciences et de culture qui suivent beaucoup de musées sur Twitter, une semaine de #MuseumWeek c’est un peu comme binge watcher l’intégrale de Buffy contre les vampires pour la cinquième fois : c’est bon et on aime ça, mais ça finit par devenir étouffant, voire carrément écœurant.

Autre point : la lassitude qui naît parmi les community managers. Entre les redondances avec #jourdefermeture, la répétition de certaines thématiques (l’architecture, l’amour, les coulisses ont déjà été programmés les années précédentes), et l’esprit de compétition inter-établissements entretenu par le compte officiel, cette troisième édition laisse un goût amer qui se mêle à la fatigue, tant morale que physique. Si on y ajoute la nécessité de travailler le lundi de Pâques et le weekend du 2-3 avril (ou du moins, d’assurer une surveillance sur des publications programmées et de faire les interactions minimums), ça commence à faire beaucoup.

Mais il y a quand même deux ou trois trucs sympas, non ?

Heureusement, il y a quand même quelques points franchement positifs : la complicité avec les publics, qu’il s’agisse d’habitué.e.s ou de nouveaux/lles abonné.e.s, mais aussi les visiteur.se.s créatifs/ves qui posent des questions, font preuve de curiosité. Pour la journée #peopleMW, plusieurs établissements, dont le quai Branly, avaient choisi de mettre en avant les agents qui font vivre les musées. À un moment où les conditions de travail dans le service public se dégradent, valoriser l’investissement des agents me semble important, au moins pour deux raisons : à l’interne, cela permet d’entretenir l’adhésion à des valeurs communes et le sentiment d’appartenance à un groupe qui sont parfois mis à mal par le cloisonnement entre directions et entre services ; à l’externe, cela participe à donner un visage à l’institution, à la rendre plus humaine face aux publics.

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En outre, plusieurs « petites » institutions insistent sur l’importance que prend cette opération pour elles. La couverture média (moins importante cette année compte-tenu de l’actualité), le support de Twitter pour la prise en main, le « coup de pouce » aux hashtags : tout cela génère un indéniable dynamisme autour des projets numériques s’appuyant sur l’émulation entre musées d’un même bassin local, pour des structures qui n’ont pas les moyens financiers des gros établissements. À long terme, la #MuseumWeek participe à installer une pédagogie autour des projets numériques, en y associant les équipes « non-numériques » des établissements.

Enfin – c’est un peu mon cheval de bataille –, il y a les actions de médiation autour des collections, qui ont toujours leur place dans la #MuseumWeek. De nombreux musées les pratiquent, comme les Musées d’Angers ou plusieurs Muséums régionaux, qui ont joué de complicité pour faire découvrir leurs collections de manière décalée. Encore une fois, ceci participe à montrer que Twitter et la #MuseumWeek ne sont pas uniquement des vecteurs de communication mais que chacun établissement peut les utiliser comme il le souhaite.

Alors, la #MuseumWeek, stop ou encore ?

Après trois éditions, le temps est venu de se poser pour réfléchir sur la forme de les prochains rendez-vous. Peut-être faut-il simplement en faire moins, adopter une attitude un peu moins « exigeante » avec la #MuseumWeek  ? Cette année, j’ai remarqué que plusieurs établissements tweetaient peu autour de l’événement, parfois en raison de leur programmation ou pour des raisons de disponibilités des agents. Préparer des contenus de qualité demande du temps en amont, et un degré de disponibilité et de concentration important pendant l’événement. La #MuseumWeek est donc un lourd à porter pour les petites équipes numériques. Quand j’y pense, j’ai l’impression que la manière dont la #MuseumWeek est portée à l’international me semble fort différente de la perception française : c’est un événement parmi d’autres qui s’articule autour d’hashtags communs, avec parfois moins d’enjeux de communication institutionnelle qu’en France.

Au final, j’en viens à me demander (et je crois ne pas être le seul) s’il ne serait pas plus pertinent de recentrer nos efforts sur des événements pré-existants ou dont le déroulement n’est pas exclusivement lié à Twitter : la Nuit des musées, la Fête de la Musique, les événements autour de la francophonie et de l’accessibilité. Relancer de bons projets comme La Nuit tweete (mise en place par Diane Drubay en 2011) pourrait être une piste à explorer. Plutôt que de savoir si la #MuseumWeek permet de faire venir des visiteur.se.s au musée, pourquoi ne pas déployer autant d’efforts pour développer les dispositifs numériques (en ligne et in situ) d’autres événements déjà installés ? Et si on choisissait de se détacher du support pour se recentrer sur les objectifs de l’opération ? Revenir au cœur de l’activité des musées, leurs collections et leur programmation, et garder Twitter à sa place, c’est-à-dire un outil au service de ses utilisateurs/trices.

Et encore, je ne vous ai pas parlé du mode de gouvernance de la #MuseumWeek. Allez, rendez-vous en mars 2017.

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Merci aux membres du groupe Facebook de Muzeonum pour les riches échanges qui ont nourri ma réflexion.

Album photo consacré à la rentrée des classes sur la page Facebook du musée du quai Branly

À propos de la médiation culturelle sur les réseaux socionumériques

Je reproduis ici un article initialement paru dans le numéro 162 de la Lettre de l’OCIM en décembre 2015, sous le titre « De l’usage des réseaux socionumériques comme supports d’une médiation culturelle en ligne : enjeux et perspectives pour les musées francophones ». Les lecteurs/trices habituel.le.s pardonneront la différence de ton par rapport à d’autres articles du blog, ainsi que le propos un peu plus généraliste.

Les réseaux socionumériques (RSN), apparus au milieu des années 2000, ont été progressivement adoptés par les institutions culturelles et patrimoniales francophones depuis 2010. Au-delà des usages communément attendus de ce type de plate-formes (communication, marketing, informations pratiques), certains établissements y déploient des actions de médiation culturelle en s’appuyant sur les échanges avec leurs abonné.e.s, ainsi que sur ceux qui naissent entre ces publics en ligne.

S’inscrivant dans le prolongement des actions menées sur le web par les musées, les RSN formulent la promesse de l’appropriation des thématiques par les visiteur.se.s, les invitant à participer à la création du propos qui entoure collections et expositions. À partir d’exemples issus du monde francophone, nous proposons quelques pistes de réflexion sur la nature de cette médiation en ligne, abordant les enjeux de l’ouverture des échanges entre musées et institutions, ainsi que les problématiques professionnelles qui en découlent.

Les contenus, de la diffusion à la discussion

Pour les musées qui les utilisent, les plate-formes telles que Facebook, Twitter, Instagram ou Tumblr constituent des supports de diffusion d’informations relatives à l’ensemble de leurs activités. Trois exemples d’usages des RSN par les musées nous permettront d’établir de quelle manière ces dispositifs, qu’on pourrait croire à vocation promotionnelle, relèvent également de la médiation, s’inscrivant dans le prolongement d’actions menées depuis plus de 30 ans.

Contrairement aux outils traditionnels de communication asymétrique (communiqués et dossiers de presse, relations avec les médias, campagne d’affichage, brochure de saison, etc.), les RSN permettent d’installer une relation plus équilibrée entre le musée et son public, à partir d’un appareil équipé d’une connexion à Internet. Certains musées s’appuient sur les temporalités du quotidien, comme le Château de Versailles qui publie des photos de son jardin sous la neige ou les nombreux musées québécois qui soulignent la Fête nationale le 24 juin. D’autres font référence à la culture populaire : en France, les séries télévisuelles pour les musées d’Angers ou les super-héros pour le musée Saint-Raymond, à Toulouse. Ces publications, si elles peuvent sembler relever d’une communication opportuniste, ancrent les musées dans le quotidien des publics. Elles participent à réduire l’écart avec les visiteur.se.s, favorisant la création et l’entretien d’une relation entre l’institution et ses publics sur laquelle repose toute médiation culturelle, comme le rappellent Serge Chaumier et François Mairesse (1).

#MuseumSelfie pour la #MuseumWeek 2015

#MuseumSelfie de Beyoncé pour la #MuseumWeek 2015

Créé à l’initiative de Twitter, la #MuseumWeek est un événement qui a lieu en ligne. En mars 2015, plus de 2800 institutions culturelles dans le monde ont participé à la deuxième édition, tweetant chaque jour autour de thématiques communes, telles que les coulisses le lundi, l’architecture le mercredi ou l’offre adressée aux jeunes publics le vendredi. Au-delà de sa fonction promotionnelle, ce dispositif permet de diffuser des informations qui sortent de la programmation et sont peu ou jamais valorisées le reste du temps. Les institutions assurent la médiation de l’établissement lui-même, évoquant son histoire, son architecture ou les spécificités de son organisation. Un tel usage des RSN fait échos aux pratiques de médiation présentielle telle qu’elle est couramment enseignée : la plupart des visites guidées ou des ateliers s’ouvrent par une présentation de l’institution elle-même.

En ligne, il est courant d’avoir recours à l’humour. Certains établissements comme le Musée de Cluny, à Paris, ont adopté un ton drôle et souvent décalé sur Twitter, jouant de complicité avec leurs abonnés – ce qui n’empêche pas le compte de traiter du Moyen Âge avec une rigueur toute scientifique. Aller à la rencontre d’éventuel.le.s visiteur.se.s s en utilisant un ton décalé, voire quelque peu provocateur, s’inscrit dans le prolongement des pratiques classiques de la médiation, comme l’indiquent Claire Merleau-Ponty et Jean-Jacques Ezrati : « [le public] espère découvrir et apprendre en même temps qu’il pense se divertir. Il attend que soit stimulée sa curiosité, provoquée son admiration, enrichies ses connaissances et renforcées ou ébranlées ses convictions. » (2)

La médiation culturelle se construit dans un échange entre les publics et l’institution, qui ne peut faire fi de l’expérience des visiteur.se.s, là où la communication institutionnelle tend vers la diffusion d’un message descendant, adressé à un public captif. Les actions que nous venons de lister permettent aux musées d’installer, de développer et d’entretenir des relations de proximité, de confiance et de complicité avec leurs publics en ligne. Loin de supplanter les outils « traditionnels » de médiation (cartels et textes de salle, dépliants et guides de visite, ateliers, visites guidées et contées, etc), les RSN permettent la mise en place de nouvelles dynamiques entre les institutions et leurs publics.

Les publics, entre appropriation et participation

L’usage des RSN par les musées réactive la promesse de l’engagement des publics dans la construction du propos de l’institution, formulée dès les années 1970 par Georges-Henri Rivière et Hugues de Varine à travers le projet des écomusées (3), puis par le mouvement de la Nouvelle muséologie. L’appartenance à un territoire donné fait de ses habitant.e.s une communauté, que l’écomusée souhaite associer à tous les niveaux : création, animation et administration. Or, en ligne, ce qui fait communauté pour les fans d’un musée, c’est leur intérêt pour ses collections et ses thématiques, plus que leur appartenance à un territoire. Pourtant, les RSN ne constituent-ils pas un territoire numérique ? Depuis la popularisation du web dans les années 1990, le vocabulaire qui l’accompagne est caractérisé par d’abondantes références à la navigation (« surfer », « navigateur », « visites », etc.), accentuant l’idée qu’il s’agit d’une terre inconnue à explorer. Si Internet promet de toucher les publics en ligne partout dans le monde, l’expérience montre une réalité plus subtile.

À Nouméa, le Musée de Nouvelle-Calédonie utilise, avec succès, la fonctionnalité « événement » de Facebook pour informer les visiteur.se.s de la tenue d’ateliers et de spectacles, tout autant que pour prolonger ces activités en ligne. Or, avec 47 % des habitant.e.s de l’archipel inscrits sur cette plate-forme (4), les quelque 2200 fans de la page (5) illustrent la pertinence, pour une institution culturelle, d’une stratégie numérique tenant compte des spécificités de son public local. Avec un nombre d’abonnés sur Facebook proche, la situation est pourtant tout autre au musée Jeanne d’Albret (6), à Orthez, petit musée associatif consacré à l’histoire du protestantisme en Béarn. Majoritairement localisé.e.s à l’extérieur de la région Aquitaine, les 2500 fans Facebook (7) sont le résultat d’une stratégie en ligne visant à développer le rayonnement du musée à l’extérieur de son territoire local.

En utilisant les plate-formes sociales, les publics deviennent actifs dans la diffusion et la publication des contenus qu’ils produisent autour de leur visite. En postant sur les RSN les photos qu’ils prennent ou en écrivant des articles sur leurs blogs, ces visiteur.e.s peuvent même développer des compétences éditoriales et créatives. Autrefois, les commentaires qui naissaient lors d’une visite dépassaient rarement le cadre familial et/ou amical. Aujourd’hui, les musées ont la possibilité de prendre connaissance de ces réactions et de ces productions venant des publics, d’y réagir et/ou de les valoriser s’ils le souhaitent. Au musée du quai Branly, nous avons mis en place un dispositif de médiation associant l’un de nos abonnés les plus investis sur Twitter, @perlesduquai, a.k.a. Laurent Granier. Collectionneur d’art d’Afrique et d’Océanie sans être professionnel du monde scientifique ou culturel, il a entrepris d’explorer les bases de données en ligne du musée, publiant ses coups de cœur sur son compte Twitter. À l’automne 2014, à l’occasion de l’exposition « L’Éclat des Ombres, L’Art en noir et blanc des Îles Salomon », Laurent Granier a publié une série de tweets lors de la semaine d’ouverture, fruit d’une sélection de pièces organisée autour de thématiques qu’il a lui-même définies. En amont, il avait rencontré la commissaire de l’exposition pour évoquer son projet. Ses publications ont enrichi le propos de l’exposition, approfondissant certains points qui n’y étaient pas traités.

Si ce type de dispositifs tend à créer de nouvelles hiérarchies entre visiteur.se.s investi.e.s et publics moins réactifs, il démontre néanmoins la possibilité pour des personnes qui ne sont pas « qualifiées » (par des études, un diplôme ou une expérience professionnelle dans le secteur culturel) d’être associées à la production du discours entourant une exposition et ce, sur la base d’un savoir développé par curiosité ou par passion. Celui-ci ne se substitue aucunement au discours scientifique, qui se déploie notamment dans l’espace d’exposition et sur bien d’autres supports, mais il vient le prolonger en ligne, auprès des utilisateurs des RSN abonnés aux pages du musée.

L’essor du community management

Né avec les prémices du web social (les groupes de discussion en ligne, les forums), le community management a pour objectif d’animer une communauté réunie autour d’un centre d’intérêt ou d’une passion. Or, comme le rappellent Sarah Barrett et Olivier Richard, « si la médiation est une fonction, il n’est pas évident qu’elle s’incarne dans un métier unique » (8). Avec le développement des outils numériques, le  community management tend à devenir un de ces métiers, à la fois partie intégrante de l’institution culturelle et en prise directe avec les publics. L’agent en charge du community management diffuse les réactions et les commentaires des visiteur.se.s sur la programmation et les collections du musée, relayant cette parole  auprès des instances de décision de l’établissement (9).

Au quotidien, le community management est pratiqué par trois types d’agents : les community managers dont c’est l’une des tâches (exceptionnellement l’unique) ; des médiateurs/trices qui, du fait de leurs fonctions en relation avec les visiteurs sont amené.e.s à intervenir sur les RSN de leur institution ; d’autres agents, dont les fonctions ne sont pas toujours reliées aux publics et qui n’ont pas nécessairement accès aux comptes « officiels » mais qui, par leurs actions sur leurs comptes personnels, participent à l’animation de la communauté des fans du musée, parfois aux plus hauts niveaux de la hiérarchie (10). En France, l’exemple des Musées d’Angers (11) est particulièrement parlant. L’animation des comptes Facebook et Twitter, ouverts respectivement depuis 2010 et 2011, est assurée par une équipe de quatre personnes : une chargée de communication, deux agents du service des publics (une médiatrice et la directrice) et une chargée de récolement. Cette diversité de profils permet d’aborder plusieurs thématiques tout en s’exprimant avec la même voix : tour à tour, les comptes publient informations pratiques, coulisses de montage d’exposition, œuvres sorties des réserves. Plusieurs actions de médiation in situ sont fidèlement adaptées en ligne, en profitant de fonctionnalités propres aux plate-formes, avec un ton léger et décalé qui s’inscrit dans les usages de Twitter.

Lorsqu’il est formulé comme une mission en tant que telle, le community management est souvent attribué à des agents en charge du site web et/ou des outils traditionnels de communication, assurant une certaine cohérence éditoriale. À l’heure où le nombre d’abonnés ne cesse de croître et où les publics ont pris l’habitude de pouvoir les interpeller en ligne, la reconnaissance de la pertinence de leur travail par leurs hiérarchies constitue un enjeu majeur pour beaucoup d’agents assurant le community management. La création du groupe de travail #CMmin, en 2013, qui réunit les community managers des établissements relevant du Ministère de la Culture et de la Communication, constitue une reconnaissance importante car venant de la tutelle.

Conclusion

Toute médiation n’est pas obligatoirement reliée aux RSN et, réciproquement, les RSN ne servent pas qu’à faire de la médiation. Néanmoins, accepter d’entendre les commentaires des publics en ligne, même s’ils ne cadrent pas avec la communication institutionnelle, offre l’opportunité pour les musées d’installer avec ces visiteurs.se.s une collaboration dans l’élaboration du discours entourant les œuvres et la programmation. Une telle dynamique s’inscrit dans le prolongement des missions de médiation et diffusion du savoir qui sont celles des musées. L’enjeu, éminemment politique, c’est l’encapacitation (en anglais, empowerment) qui passe par  l’amélioration de la circulation de l’information, la valorisation de l’investissement des visiteur.se.s et de leurs productions, l’association des publics à la prise de décision.

Bien que les visiteur.se.s se heurtent aux limites de ces plate-formes– fermeture des écosystèmes, enjeux de propriété intellectuelle, contingences techniques, etc. –, les RSN peuvent être des outils parmi d’autres au service d’une politique d’encapacitation des publics : une authentique co-construction du propos et des contenus, dans laquelle le musée continue de fournir son expertise scientifique sur les collections (documentation, information, exposition, médiation) et les publics peuvent apporter leurs positionnements, leurs interrogations, leurs créations. Mais cet objectif nécessite d’accepter que les RSN puissent être des outils de médiation, en ne les limitant pas à un usage promotionnel.

  1. CHAUMIER Serge, MAIRESSE François, La médiation culturelle, Armand Colin, Paris, 2013, pp. 34.
  2. MERLEAU-PONTY Claire et EZRATI Jean-Jacques, L’exposition, théorie et pratique, L’Harmattan, Paris, 2005.
  3. À ce propos, voir La Muséologie selon Georges-Henri Rivière, collectif, Dunod (Bordas), 1989, et notamment De VARINE Hugues, “La participation de la population. Principes”, pp. 312-315.
  4. Observatoire numérique de Nouvelle-Calédonie, “Faits et chiffres : internet fixe en Nouvelle-Calédonie”, janvier 2014.
  5. Chiffre constaté en juillet 2015.
  6. ABADIE-LABORDE Charlotte, Musée Jeanne d’Albret, intervention aux Rencontres numériques le 7 octobre 2014.
  7. Chiffre constaté en juillet 2015.
  8. RICHARD Olivier et BARRETT Sarah, « Les Médiateurs scientifiques en Europe : une diversité de pratique ; une communauté de besoin. » La Lettre de l’OCIM, n°135 mai-juin 2012, p. 5-12, cité dans CHAUMIER Serge, MAIRESSE François, La médiation culturelle, Armand Colin, Paris, 2013.
  9. À propos de l’ouverture de la médiation culturelle aux outils numériques, voir CHAUMIER Serge, MAIRESSE François, La médiation culturelle, Armand Colin, Paris, 2013, pp. 135 et 138-140.
  10. Comme l’illustre sur Twitter l’activité d’Olivier Gabet, directeur général des Arts Décoratifs, de Philippe Bélaval, président du Centre des Monuments nationaux ou encore de Catherine Pégard, présidente du Château de Versailles.
  11. GUILLEMANT Julie, Musées d’Angers, intervention aux Rencontres numériques le 7 octobre 2014.

 

Une archéologie des premiers sites web de musées en France

Voici un article écrit avec Omer Pesquer, initialement paru dans le numéro 4 de la revue Nichons-nous dans l’internet à l’automne 2015, sous le titre « Les musées à la pointe des NTIC ».

En juillet 1995, quelques mois après l’arrivée des modems 28.8 Kbps en France, le site du musée du Louvre est inauguré. Contrairement au cliché qui les décrit comme systématiquement en retard sur les avancées technologiques, les institutions culturelles françaises s’emparent très rapidement de cet outil. Dans la seconde partie des années 1990, le Web connaît d’importantes améliorations techniques qui vont permettre son développement et sa diffusion auprès d’un public de plus en plus conséquent. L’évolution des sites web de musées va suivre et accompagner les débuts d’Internet à mesure que le HTML se complexifie, que la vitesse de chargement augmente et que le prix de connexion baisse.

Pourtant, l’adoption du Web au sein des institutions culturelles ne se fait pas sans heurt : à quel service doit-on confier ce nouvel outil ? Comment il doit être alimenté ? Ces questions se posent avec d’autant plus d’acuité que, dès ses premières années dans les musées, le Web, par essence transversal, relève tout autant de la communication institutionnelle que du service aux visiteurs et bientôt même, de la médiation culturelle.

À la pointe des NTIC

Avant l’arrivée du Web, les ordinateurs, présents dans les musées depuis le début des années 1980, sont parfois utilisés comme des bases de données locales. Ainsi en 1989, le Musée Dauphinois à Grenoble, installe des postes en accès libre à l’occasion de l’exposition « Quelle mémoire pour demain ? ». Les visiteurs peuvent y consulter une base de données iconographiques en relation avec l’expo. Outre les ordinateurs personnels, les Nouvelles technologies de l’information et la communication (NTIC) rassemblent de nombreux outils, qu’il s’agisse des bornes interactives, du vidéodisque ou encore du Minitel. Dans les années 1990 d’ailleurs, les musées se déploient sur la boîte marron – à l’époque fleuron de l’industrie française des télécoms – avec notamment 3615 Picasso ou 3615 Louvre. La base Joconde, catalogue collectif du patrimoine national, mis en place la Direction des musées de France en 1975, est accessible sur Minitel dès 1992, puis sur le Web à partir de 1995 (1). Déjà à l’époque, elle se veut plus qu’une simple base de photographies et donne accès à notices détaillées. Le nombre d’objets disposant d’une notice numérique ira croissant au fil des années jusqu’à l’exhaustivité.

Plus visuels que les bases de données consultables sur Minitel, plus puissants que les sites web de l’époque, les cédéroms donnent aux visiteurs un accès à des contenus éditorialisés, consultables sur leurs propres ordinateurs. C’est pour conquérir un public plus vaste que les musées se tournent vers ce support, si bien que « la France est le leader incontesté des producteurs de cédéroms de la Francophonie » (2). En 1994, le musée du Louvre se lance avec Montparnasse Multimedia (3) pour Le Louvre, peinture et palais. D’autres suivront, qu’ils soient généralistes comme le musée d’Orsay (1996), ou thématiques comme Arman, collectionneur d’Art (1996) et Angkor Cité royale (1997), deux coproductions de la RMN. En 2001, dans son ouvrage Le musée virtuel, le muséologue et philosophe Bernard Deloche s’engage : « Le CD-ROM n’a pas pour tâche de décrire le musée (…) mais de le remplacer. » La promesse est ambitieuse : il ne s’agit pas pour ces outils de paraphraser leur équivalent physique, mais véritablement d’en proposer une alternative. Certains, comme celui musée d’Orsay, proposent des photos panoramiques qui fondent les prémices du Google Art Project : « La technologie Quick Time VR pour vous permettre d’arpenter les salles du musée… comme si vous y étiez. » (4).

Il y a bientôt 20 ans qu’on peut visiter un musée dans un environnement 3D qui reconstitue le bâtiment, un usage qui s’imposera sous la forme des visites virtuelles, comme celle proposée par le Musée du Louvre en 2000.

Les premiers sites web de musée sont accueillis avec une certaine défiance par les agents des musées. Mais pourquoi devrait-on favoriser ce support plutôt qu’un autre. Cette interrogation est plus large et concerne l’ensemble du pays : avant 1997, le nombre de foyers français connectés à Internet reste inférieur à 100 000, contre 7,6 millions de terminaux permettant de consulter le Minitel ou autres services télématiques. En septembre 1997, le premier ministre Lionel Jospin réclame pourtant une « migration du Minitel vers Internet » (5). Paradoxalement, les musées sont donc à la fois à la pointe de l’adoption de ces outils mais en interne, les avis sont partagés sur l’usage du Web et ses applications potentielles. « Après tout, n’a-t-on pas déjà identifié la vraie nature de ces millions d’adeptes de la souris : on dit d’eux qu’ils sont des net-surfers, entendant par là que ce sont pas des gens qui vont au fond des choses… », conclut Paul Carpentier, alors directeur de l’accès aux collections et à l’information au Musée canadien des Civilisations, en octobre 1996 lors d’un colloque franco-québécois à Montréal (6).

Bienvenue dans le World Wide Web

En 1996, la page d’accueil du ministère de la culture est parfaitement symbolique des débuts du Web de la culture et du Web, tout court. Un menu clairement découpé dans un tableau, une animation en .gif du logo de l’institution (qui, à sa conception, n’a pas été pensé pour se mouvoir), un motif qui se répète à l’infini en image de fond, les liens cliquables en typo Times gras, bleue et soulignée, les badges des prix reçus. En ligne depuis 1er juillet 1994, le site du ministère est le point central du Web culturel français. Il héberge de nombreux autres sites dont ceux du Musée du Louvre, du Musée national des Arts et Traditions populaires (ancêtre du MuCEM) ou du Musée Goupil à Bordeaux. Il propose également un guide de l’Internet culturel permettant de trouver des ressources. Cybermusée ou musée cybernétique sont parfois utilisés pour décrire les extensions en ligne des institutions culturelles. Au milieu des années 1990, le site du Ministère intègre ainsi une cybergalerie, dont le but est de présenter des expositions uniquement visibles en ligne. Expérience qui tournera court, puisque l’espace ne proposera que deux expositions, dont l’une est une création multimédia de Jean-Michel Jarre s’appuyant sur des plug-ins spécifiques.

À la fin des années 1990, la bataille des navigateurs fait rage entre Internet Explorer et Netscape, et nombreux sont les sites web à suggérer l’un ou l’autre de ces acteurs à leurs visiteurs. Les liens URL permettant de télécharger les deux navigateurs sont intégrés. Au-delà de choix purement technologique, l’expérience proposés au visiteur est déjà centrale. En avril 1998, les actes du colloque « Dispositifs et médiation des savoirs » indiquent : « Ce qui est en train de se jouer, c’est le passage d’une conception de la connaissance comme contenus à une autre, qui la voit comme l’expérience faite d’environnements aménagés, de dispositifs. » (7). En ligne, l’expérience souhaitée est toutefois encore fortement contrainte par l’avancement des technologies et par leur démocratisation. Limiter le temps de chargement est ainsi un enjeu primordial, car le temps de connexion est précieux. C’est pourquoi les sites se doivent d’être efficaces et légers. Souvent, le graphisme et l’ergonomie s’en ressentent, mais certains sites s’en sortent très honnêtement, comme le site du musée Rodin en 1996, par exemple.

Aujourd’hui, en terme de visites, le Web prend le pas sur les visites in situ dans certaines grandes institutions à la portée internationale, comme le Metropolitan Museum de New York ou le British Museum de Londres. Compter les visiteurs a toujours été une mission des musées, et Internet n’y échappe pas. Les sites de musées ne font pas exception et présentent les compteurs de visite traditionnels du Web vernaculaire des années 1990, comme pouvaient le voir en 1996 les visiteurs du site du Carré d’Art de Nîmes.

Le casse-tête de l’organigramme

À ses débuts, le Web dans les musées est une affaire technique avant tout. Lorsque les musées commencent à s’intéresser à Internet et envisagent d’avoir leurs propres sites, c’est souvent un technicien du service informatique s’en charge. Lorsque la question du contenu éditorial émerge, ils se tournent ensuite vers les métiers de la communication, de la production voire des publics. Mais à l’époque, Internet est encore majoritairement utilisé par ceux qui le conçoivent : des ingénieurs et des chercheurs, familiers avec l’informatique et le jargon technique, qu’ils n’hésitent pas à réutiliser. La page d’accueil du musée du Louvre en 1997 parle ainsi de « serveur », et celui du Muséum national d’Histoire naturelle précise même « serveur WWW ».

La plupart des musées, relevant directement du ministère de la culture ou de collectivités territoriales, restent largement tributaires de leur tutelle pour l’accès aux réseaux, la maintenance et l’entretien des équipements, ce qui ne facilite pas toujours la souplesse. Seuls les grands établissements publics, comme Versailles ou le Centre Pompidou, sont autonomes quant à leurs installations hardware comme software, compte-tenu de leur statut juridique. En revanche, depuis à l’arrivée des CMS (Content management system), même les plus petites structures sont autonomes sur l’administration de leurs contenus éditoriaux.

Et les visiteurs dans tout cela ?

Dès leurs débuts, les sites de musées ont plusieurs fonctions : vitrine institutionnelle des établissements, ils sont aussi des outils d’information et ouvrent sur la médiation culturelle. En 1997, le ministère de la culture demande à chacun d’indiquer leur « nom dans la vie réelle » dans un formulaire donnant la parole aux visiteurs. Figure notable des musées, le Livre d’Or est aussi un incontournable du Web vernaculaire des années 1990. A la sortie d’une exposition, le cahier, souvent laissé proche de la sortie, permet aux visiteurs d’inscrire un avis, poser une question, exprimer un regret ou encore de dessiner un zizi. C’est donc naturel pour les institutions patrimoniales de reproduire cette habitude en ligne. La possibilité pour n’importe quel utilisateur de contacter un musée directement, rapidement et sans autre intermédiaire que la machine constitue déjà une évolution remarquable dans la relation entre les publics et l’institution, la rendant plus immédiate, plus proche. Aujourd’hui, elle trouve son prolongement dans la présence et la réactivité des musées sur les réseaux sociaux, face à des visiteurs qui ont intégré ces outils dans leurs pratiques numériques quotidiennes.

Mais recueillir un commentaire n’est possible qu’une fois la visite effectuée. Aussi, pour l’organiser, les sites deviennent également des supports de la diffusion d’informations pratiques. Un plan permettant de se repérer dans le vaste Hôtel des Invalides est par exemple disponible dès 1998 sur le site du Musée de l’Armée (8). En rendant l’exploration des collections ludique et plus vivante qu’une simple consultation de notices, les musées ouvrent la voie vers des dispositifs de médiation en ligne associant davantage les publics. Et l’utilisation ne s’est pas démentie, puisqu’en 2012, 35 % des Français déclarent avoir utilisé Internet pour la préparation d’une visite au musée (9), et ce chiffre risque fort de continuer à croître avec les usages mobiles.

Les musées n’ont pas attendu l’arrivée des géants du numérique pour proposer des dispositifs innovants qui complètent et prolongent la visite.

Accès à distance aux bases de données, livre d’or électronique ou visite virtuelle dans un univers en 3D existaient dès le milieu des années 1990. Globalement, tout est déjà là : le site web comme outil de communication institutionnelle et comme support de diffusion des informations pratiques, mais aussi les prémices d’une médiation culturelle participative à travers l’appropriation des bases de données. Ces vingt dernières années, les sites des musées se sont développés dans le prolongement de ces actions. Incontestablement, ce qui a changé, c’est l’amélioration technique en terme de chargement et de contenus, la généralisation de ces dispositifs à tous les budgets et le développement de la médiation sur le  Web, tels que parcours thématiques, expositions en ligne ou ressources à télécharger pour approfondir sa visite.

Alors que le numérique se diffuse dans tous les secteurs de la vie quotidienne et du travail, les musées ne cessent de changer. L’expérience montre que ce changement se fera selon deux temporalités : d’un côté, le temps de l’institution, lent, qui repose sur les évolutions dans les pratiques des agents de musées eux-mêmes et leur validation par les circuits hiérarchiques. De l’autre, le temps de l’audace et de la prise de risque qui, comme on l’a vu, ne manque pas dans les établissements patrimoniaux, véritables laboratoires d’innovations techniques et sociales. Restez connectés, les sites sont en construction…

Pour aller plus loin, découvrez une sélection de capture d’écran des sites de musées dans les années 1990 sur la page Facebook d’Omer Pesquer.

Captures d'écran des sites de musées dans les années 1990 sur la page Facebook d'Omer Pesquer

Captures d’écran des sites de musées dans les années 1990 sur la page Facebook d’Omer Pesquer

  1. Chronologie de la base Joconde sur le site du Ministère de la Culture et de la Communication.
  2. BAILLARGEON Stéphane, « Vers le cybermusée » , Le Devoir, 18 septembre 1999.
  3. Montparnasse Multimédia, une PME, réalisera de nombreuses productions pour la culture jusqu’à sa disparition en 2002. Le cédérom « Le Louvre, peinture et palais » restera son produit phare.
  4. DESALLE Philippe, « Le musée d’Orsay, visite virtuelle sur CD-ROM », Libération, 6 mars 1996.
  5. L’Usine Nouvelle, « Passer du Minitel à Internet, pas si facile ! », L’Usine Nouvelle, 4 septembre 1997
  6. Actes du colloque « La société et le musée, l’une change, l’autre aussi ». Montréal, Musée de Pointe-à-Callière, octobre 1996.
  7. VOL Alexandra, « Tisser des trames de pertinence entre musées, nouvelles technologies et publics », in : Publics et Musées. N°13, 1998. pp. 67-87.
  8. Pour la petite histoire, le Musée de l’Armée ne relève pas du Ministère de la Culture mais de celui de la Défense.
  9. Étude du CREDOC commandée par le Ministère de la Culture et de la Communication, juin 2012 (mise à jour en 2014).

 

The VIper

Elle est pas belle mon étude ?

De temps à autre émergent des études réalisées par des agences digitales sur les pratiques en ligne des musées. Ces analyses permettent à leurs auteurs de mettre en avant leurs compétences auprès de potentiels clients et de valoriser leur polyvalence auprès des actuels. Réalisées avec des outils du marketing, elles révèlent souvent une absence de connaissance du contexte — le saviez-vous ? Une institution publique ne se gère pas comme une entreprise, toutes n’ont pas les mêmes moyens financiers et humains, et toutes n’ont certainement pas les moyens des grands groupes. Une fois n’est pas coutume, je me permets un petit billet d’humeur sur cette pratique, vous me pardonnerez donc la relative légèreté du ton que j’adopte.

Je ne peux m’empêcher d’associer la multiplication récente de ces analyses à la visibilité de la #MuseumWeek. Avec l’importante couverture média dont l’opération a bénéficié en 2014 et encore plus cette année, ces agences doivent se dire : « Chouette, un nouveau marché à conquérir ! Les musées sont des dinosaures sur le web, ils ne savent sans doute pas comment s’y prendre, on va leur apprendre. » Noyées sous des avalanches de chiffres, pas toujours mis en relation de manière pertinente, ces études aboutissent même parfois à des absurdités : l’une des plus récentes annonçait que le Musée d’Orsay et le Grand Palais n’avaient aucune stratégie numérique. J’imagine d’ici la réaction de mes confrères et consœurs.

You Know Nothing Jon SnowAlors, chers ami.e.s d’agences, que vous soyez fraîchement diplômé.e.s d’un MBA ou que vous soyez des business developers aguerri.e.s et rompu.e.s au digital (#aveclesdoigts), vous souhaitez vous adresser à un marché en plein essors ? Voici quelques conseils :

Sachez d’abord que les GLAMs (Galleries, Libraries, Archives & Museums) bénéficient d’une longueur d’avance sur les grandes entreprises pour lesquelles vous avez l’habitude de travailler : nous n’avons pas besoin de trouver des contenus à haute valeur ajoutée ou de définir l’ADN de nos marques. Nous les avons déjà : ce sont nos collections et le service public. Le patrimoine national dont nous avons la garde offre des occasions idéales pour mettre en place des dispositifs innovants, reposant sur la complicité avec le public. Des exemples ? #Jourdefermeture, #MuseumSelfie ou encore, justement, la #MuseumWeek.

Perhaps I Made a Terrible MistakeEnsuite, ne nous prenez pas pour des buses : certains d’entre nous animions déjà des comptes Twitter à 5 chiffres quand vous étiez encore à l’école (de commerce) et le pire c’est que certain.e.s ont justement fait des études de commerce, de marketing, de sciences sociales, et connaissent les outils que vous utilisez. Ne croyez pas que vous allez nous apprendre la vie avec la méthode agile : certes, un musée n’est pas aussi souple qu’une start-up ; certes, dans les gros établissements, les multiples niveaux de validation ralentissent parfois la prise de décision. Mais soyez sûrs que nous travaillons à développer la culture numérique de nos hiérarchies comme de nos collègues, avec des réseaux comme Muzeonum ou des groupes de travail comme la #CMMin, et ce depuis au moins 5 ans. D’un point de vue « métier », les musées n’ont pas à rougir de leur politique en ligne : la preuve, Twitter est venu nous chercher pour créer la #MuseumWeek, constatant la maturité et la créativité de nos actions.

More wineOne last thing : pour la prochaine étude, prenez le temps de consulter l’activité en ligne des établissements que vous visez, en dépassant le simple relevé de chiffres et d’interactions. Étudiez le long terme, pas la dernière grosse opération. Cherchez les gens qui animent les comptes que vous citez (il y a souvent des CM derrière… Étonnant, non ?), regardez ce qu’ils postent et comment ils interagissent entre eux.

Allez, sans rancune.

Valar Morghulis

Picto Wacochachi

La narration transmedia au service de la médiation

Suite de ma série d’article consacré à la médiation sur supports numériques avec la première tentative du musée du quai Branly d’utiliser la narration transmedia.

L’origine du projet et ses objectifs

À l’occasion de l’exposition « Indiens des Plaines », nous avons mis en place L’opération #LesBisons. Nous souhaitions tester un dispositif transmedia léger, au déploiement simple, avec pour objectif d’approcher « les non-publics », qui ne sont pas d’ordinaire intéressés par notre programmation, avec une manière décalée de prendre connaissance de l’existence de l’exposition et de son propos. Le dispositif a été mis en place dans le cadre d’une co-production avec Michel Reilhac, Bruno Masi et leur équipe.

Les différentes étapes

Dès le 22 mars : un compte Twitter et un mot-dièse

Première étape : le musée crée (discrètement) un compte Twitter @wacochachi, et un mot-dièse, #LesBisons. Ce personnage fictif, mais inspiré de faits réels, publie des messages destinés à planter le décor, en décrivant brièvement la vie quotidienne des Indiens des Plaines avant l’arrivée des Européens en Amérique du Nord. Quelques jours avant les projections, le passage des bisons y est annoncé.

Samedi 28 mars : des projections mystères dans Paris

Dix jours avant l’ouverture de l’exposition au public, un film de 5 min montrant des bisons parcourant les Grandes Plaines est projeté dans une dizaine de lieux à Paris, le soir du samedi 28 mars 2014¹. Deux équipes suivant deux itinéraires, l’un nord-sud-ouest et l’autre est-ouest, s’arrêtent ponctuellement pour projeter le film et se retrouvent au musée du quai Branly. Le compte Twitter et le hashtag apparaissent à la fin du film et sur des cartes de visite distribuées par l’équipe. 

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=LZFHputY8lk&w=560&h=315]

Du lundi 30 mars au vendredi 4 avril : une autre porte d’entrée

En parallèle à cette première piste, j’ai improvisé une autre porte d’entrée – qu’on appelle rabbit hole dans le vocabulaire du transmedia, en référence à l’entrée du terrier du lapin blanc d’ « Alice au pays des merveilles ». J’ai pris en photo deux petites figurines en forme de bisons devant les entrées de certains musées parisiens, avec le mot-dièse #LesBisons pour inciter mes abonnés sur Twitter à découvrir le compte @Wacochachi.

Vendredi 4 avril : dévoilement et lancement du jeu

Quatre jours avant le dévoilement de l’exposition au public, le musée révéle être à l’origine des projections, dans un making-off posté sur notre chaîne YouTube. Après la projection, le compte de Wacochachi lance un jeu de piste, invitant les participants à retourner sur les lieux de passages des bisons, pour y découvrir des indices permettant de reconstituer une phrase mystère.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=mGUEWoCYpTI&w=560&h=315]

Vendredi 18 avril : fin du jeu

Après deux semaines d’exploitation et quatre symboles à identifier, le jeu se termine le soir du Before consacré à l’exposition. Les participants doivent identifier quatre personnes dans la foule, portant ces symboles, qui leur délivrent quatre morceaux de la phrase à trouver, et la tweeter en s’adressant à Wacochachi.

Une première tentative riche d’enseignements

L’ensemble du projet a davantage tendu vers une campagne de communication s’appuyant sur une production audiovisuelle qui, au lieu de constituer un point d’entrée dans la narration, est devenue centrale au point d’éclipser le jeu. A titre personnel, je regrette que nous ne soyons pas parvenus à installer un véritable dispositif de médiation à travers une expérience en ligne et hors ligne. Le jeu, notamment, aurait nécessité plus de temps de réalisation, de même qu’un budget propre. 

Néanmoins, les conclusions que nous avons tirées de cette expérience viennent nourrir nos réflexions dans la perspective de prochains projets, notamment CULTE, un projet ANR sur trois ans, porté par ma collègue Candice Chenu de la Direction des public. Le musée collabore avec un laboratoire de recherche du CNAM, une PME et un bureau d’évaluation pour la conduite de ce projet, qui proposera une expérience transmédia au coeur des collections du musée.

Dans le dernier article de cette série, je proposerai quelques éléments de réflexion autour de la notion de « méditation numérique », en synthèse des trois articles illustrés d’exemples du musée du quai Branly.

Cet article et les trois autres consacrés à la « médiation numérique » sont basés sur mon intervention le mercredi 3 décembre 2014 avec Gonzague Gauthier à l’École la Panacée, en partenariat avec l’Université Montpellier III. Merci à Eli Commins et Éva Sandri pour leur accueil et l’organisation de cette rencontre.

¹ Et accessoirement, le samedi de la #MuseumWeek 2014.

Application PHQ4

Les applications mobiles : la médiation dans la poche

Après avoir évoqué les réseaux sociaux comme supports numériques de médiation, je vous propose d’étendre ma réflexion aux applications mobiles. Parmi les applications proposées par le musée, trois sont orientées vers la médiation in situ. Je précise que les deux premières ont été conçues par mes collègues de la Direction des publics et que, même si je les ai accompagnées, je n’ai pas directement travaillé sur ces projets.

De la musique au musée… au Musée en musique

La réserve des instruments de musique © musée du quai Branly, photo Nicolas Borel.

La réserve des instruments de musique © musée du quai Branly, photo Nicolas Borel

Traversant le musée sur 6 niveaux, la réserve des instruments de musique est une imposante colonne transparente, offrant un aperçu sur les collections, sans être toutefois accessible aux publics. Elle fait régulièrement l’objet d’une incompréhension : pourquoi ne peut-on pas y entrer ? Pourquoi est-elle si mal éclairée ? Les agents d’accueil, les guides-conférenciers et, à chaque fois que possible, les supports d’information expliquent qu’il s’agit d’une réserve, et qu’elle n’est pas visitable pour des raisons liées à la conservation préventive de la collection d’instruments de musique. Cette incompréhension a été confirmée par l’une des nos enquêtes de publics. Le service de la médiation et de l’accueil y a vu l’opportunité de valoriser les collections en créant une application, projet porté par Candice Chenu, en charge des outils numériques de médiation à la Direction des publics.

Le Musée en musique

Le Musée en musique

« Le Musée en musique » est une application proposée pour les terminaux Android. Réalisée dans le cadre d’un mécénat de compétence d’Orange, elle est disponible en ligne sur Google Play ou sur des terminaux prêtés à l’accueil du musée. Elle contient une sélection d’une vingtaine de pièces, accompagnées de commentaires textuels, de captations sonores et de vidéos issues de nos collections d’ethno-musicologie. La navigation repose principalement sur la technologie NFC/RFID, dont les bornes sont placées sur les vitres de la réserve, mais une navigation linéaire classique est également possible. En parallèle à l’application, une mallette pédagogique a été développée, comprenant un plateau de jeu et des smartphones. Il est utilisé dans des actions de médiation hors les murs, notamment en bibliothèque ou pour le milieu associatif.

Une application pour tous

L’application « Les Experts quai Branly » fonctionne exclusivement sur iPad et, pour le moment, elle est uniquement disponible in situ, sur des terminaux prêtés gratuitement à l’accueil du musée. Elle a été imaginée en collaboration avec Signes de Sens, qui travaille sur l’accessibilité universelle, et a bénéficié du mécénat de la Fondation Orange et de la Fondation d’entreprise France Télévisions. Le principe est le suivant : les utilisateurs suivent un ethnologue facétieux dans une exploration des quatre continents couverts par le musée (quatre applications distinctes ont été développées).

Le personnage s’exprime en LSF, la langue des signes française, principalement utilisée par la population sourde. Il est accompagné d’une voix off et ses paroles apparaissent également en sous-titres. L’objectif était de s’adresser au plus grande nombre de visiteurs avec le même outil, que chacun peut s’approprier. Un objectif qui semble atteint, puisque les retours montrent que l’application est populaire, bien sûr auprès des visiteurs sourds mais aussi auprès de ceux en situation de handicap mental, notamment en raison du travail effectué autour d’une langue simple et accessible. En outre, l’application a été distinguée par trois prix, qui s’ajoutent à ceux reçus par le musée pour l’ensemble de sa politique générale d’accessibilité.

Une offre de médiation coordonnée

Application PHQ4

Application PHQ4

L’application PHQ4, disponible gratuitement pour iOS à l’automne 2013, a été développée et exploitée à l’occasion de Photoquai, la biennale de photographie qui a lieu sur le quai Branly en face du musée, les années impaires et est consacrée aux photographes émergents non-occidentaux. Elle a été réalisée dans le cadre d’un partenariat avec les étudiants en multimedia de Gobelins, l’école de l’image, et en collaboration avec notre producteur délégué, ARTER et précisément Clélia Dehon, en charge de l’offre de médiation autour de Photoquai.

Cette application proposait des contenus institutionnels, textes et images présentant la biennale et son fonctionnement, ainsi que des notices pour chacun des 42 photographes sélectionnés en 2013. Mais la véritable plus-value résidait dans les six parcours de médiation, proposés en échos aux visites qui étaient présentées in situ, complétés par des interviews vidéos des photographes exposés.

Photoquai 2013 a été, pour le musée, la première occasion de présenter une offre de médiation cohérente, déclinée sur plusieurs supports. Les visites guidées, les parcours contenus dans l’application et la ligne éditoriale sur la page Facebook créée pour l’occasion proposaient ainsi une expérience globale.

Des outils numériques complémentaires

Ces applications, principalement tournées vers un usage in situ, constituent des outils de médiation que les visiteurs peuvent utiliser seuls ou en groupe, en famille ou entre amis, et qui viennent compléter les informations accessibles dans les espaces d’expositions. Les captations sonores, les vidéos, les textes enrichissent l’expérience de l’utilisateur lorsqu’il souhaite approfondir sa visite. Ces outils répondent également à un besoin d’information sur les objets exposés, en partie lié aux choix scénographiques sur le plateau des collections, besoin qui a été mis en évidence lors de nos enquêtes auprès des publics. À l’exception des Experts quai Branly, pour le moment uniquement disponible sur des iPads prêtés par le musée, ces applications offrent l’avantage de s’installer directement sur les terminaux personnels des visiteurs.

Après avoir abordé les réseaux sociaux comme outils de « médiation numérique », dans le prochain article de la série, je reviendrai sur la première expérience de narration transmedia mise en place par le musée.

Cet article et les trois autres consacrés à la « médiation numérique » sont basés sur mon intervention le mercredi 3 décembre 2014 avec Gonzague Gauthier à l’École la Panacée, en partenariat avec l’Université Montpellier III. Merci à Eli Commins et Éva Sandri pour leur accueil et l’organisation de cette rencontre.

Album Facebook "L'hiver"

Facebook et Twitter comme outils de « médiation numérique »

L’expression « médiation numérique » semble de plus en plus populaire, alors que les professionnels des musées se forment au numérique. Je ne suis pas fan de ce terme : l’ajout de l’adjectif « numérique » au nom « médiation » sous-entend que cette pratique aurait une nature fondamentalement différente d’une médiation non numérique. À mon sens, il n’y a qu’une seule médiation, la médiation culturelle, héritée de plus de trente ans de réflexion en muséologie, à la fois par les professionnels des musées et dans diverses champs de la recherche en sciences humaines, parmi lesquels la sociologie, l’esthétique et les sciences de l’art. Ces pratiques ont pour objet la transmission d’un message aux visiteurs, pour leur permettre d’appréhender des éléments qui ne sont pas immédiatement explicites à propos des œuvres, des objets ou des concepts exposés. Des différences existent entre les écoles de muséologie, notamment en fonction des pays,  on parle d’interpretation ou d’educational programs dans le monde anglo-saxon, et parfois d’interprétation au Québec et ailleurs dans le monde francophone.

En l’état actuel de ma réflexion, je ne suis pas sûr que les méthodes et les techniques qui sont mobilisées dans le cadre d’actions sur des supports numériques diffèrent tant que ça de celles qui sont à l’œuvre dans les actions de médiation dite traditionnelle, qu’il s’agisse de supports papier (textes de salle ou de section, cartels, dépliants type « journal de l’exposition », etc.) ou d’actions de médiation présentielle (c’est-à-dire qu’elles nécessitent la présence in situ des visiteurs ainsi que de représentants du musée : visite guidée ou contée, ateliers en groupe, spectacles vivants, etc.). Je vous propose donc d’explorer quelques pistes de réflexion autour de la médiation sur supports numériques, illustrées d’exemple issus des projets mis en place au musée du quai Branly, que ce soit en ligne ou hors ligne, in situ ou hors les murs.

Je commence avec les réseaux sociaux, et je complèterai par d’autres articles autour des applications mobiles et des dispositifs de narration transmedia, avant de proposer quelques éléments de réflexion.

Sur Facebook : s’appuyer sur la vie quotidienne de nos visiteurs

Sur les réseaux sociaux, aussi souvent que possible, nous nous efforçons de nous appuyer sur l’actualité. Renvoyer les visiteurs à leur vie quotidienne permet de leur montrer les collections sous un angle décalé et surprenant. Nous avons consacré des albums photos à l’éducation chez les peuples dont le musée traite lors de la rentrée des classes ou à leurs conditions de vie face au froid de l’hiver. C’est un exemple que je cite souvent (notamment ici), mais je continue de penser qu’il est pertinent.

fb_album_hiver

Vivre la neige à travers les collections Asie et Amériques

En février 2013, la France a connu un épisode neigeux, un événement qui a toujours pour conséquence une certaine frénésie dans la capitale. Plusieurs de mes confrères et consœurs d’autres établissements ont posté des photos de leur jardin ou de leur terrasse sous la neige. Bien que le musée comprenne un superbe jardin qui fait entièrement partie de son architecture, j’ai d’abord voulu me concentrer sur nos collections, toujours dans l’objectif de les valoriser. J’ai demandé aux responsables des collections Asie et Amériques de m’aider à sélectionner des pièces issues de leurs aires géographiques respectives. Ainsi, j’ai posté un petit album photos de pièces représentatives des conditions de vie avec la neige et le froid pour les populations Nganassan et Nivkh pour l’Asie et Yupik, Montagnais et Sioux pour les Amériques. Cet album a généré plus de 400 likes, une centaine de partages et quelques commentaires. Le lendemain, j’ai tout de même posté un second album sur la thématique, avec des photos du jardin sous la neige cette fois. Cet album a eu plus de succès que le précédent, ce qui m’a un peu déçu à titre personnel, mais c’est une autre histoire.

Même s’il commence à dater, je continue de penser que cet exemple est assez représentatif de ce que nous nous efforçons de mettre en place. Ici, nous utilisons un ressort traditionnel de la médiation : aller chercher le public en lui parlant de ce qui lui est familier. Ce déplacement des techniques vers les supports numériques ne créé pas en soi une médiation fondamentalement différente. La seule différence ici est propre aux réseaux sociaux : les visiteurs peuvent réagir et interagir directement avec le musée.

Sur Twitter : associer les abonnés les plus investis à nos actions en ligne

J’ai déjà eu l’occasion de parler de #jourdefermeture, ainsi que de nos actions pendant la #MuseumWeek (ici et ). Plus récemment, nous avons associé un de nos plus fidèles abonnés sur Twitter à nos actions en ligne, à l’occasion du lancement de l’exposition « L’Éclat des ombres, L’Art en noir et blanc des Îles Salomon ». Cet abonné, Laurent Granier (@perlesduquai) est, à titre personnel, un collectionneur passionné d’arts d’Afrique et d’Océanie. Depuis environ deux ans, il participe spontanément à la médiation autour de nos collections, sans être d’ordinaire relié à la programmation. En effet, il a entrepris d’explorer les bases de données du musée pour en extraire ses coups de cœur, en s’efforçant notamment de montrer des pièces non exposées sur le Plateau des collections, notre espace d’exposition permanente. Il bénéficie d’une communauté d’abonnés restreinte mais très impliquée, constituée de musées confrères, de responsables de collection de musées et d’autres collectionneurs.

Au printemps dernier, Laurent a créé une timeline personnalisée, une sorte d’exposition en ligne, consacrée à une anthropologue qui a travaillé au musée de l’Homme, l’un des ancêtres du quai Branly. Suite à cette opération, nous avons eu envie de lui proposer de mettre en place quelque chose ensemble, et il nous a devancé en nous proposant de couvrir la semaine de lancement de l’exposition « Salomon », une zone géographique dont il est fan. Nous avons donc organisé une rencontre avec la commissaire Magali Melandri, responsable des collections Océanie au musée, qui a permis de définir ensemble le contexte de l’intervention de Laurent.

Les tweets qu’il a publiés, thématisés quotidiennement par support, sont venu éclairer le propos de l’exposition, approfondissant certains points non traitées dans l’exposition. Ce dispositif a été une belle occasion d’associer directement un visiteur passionné et érudit à la création du discours entourant l’exposition. Celui-ci ne se substitue pas à celui de la commissaire, qui se déploie notamment dans l’exposition physique et sur divers supports, mais il vient la prolonger en ligne, auprès d’une communauté de fans de nos thématiques.

Dernier exemple en date, certes plus anecdotique, mais qui a fait parler de lui : vendredi 28 novembre, à l’occasion du dévoilement du teaser de Star Wars VII, attendu pour décembre 2015, j’ai posté un tweet qui y faisait allusion. Ce message, simple clin d’œil un peu geek aux utilisateurs de Twitter, sans hashtag et avec une faute d’orthographe à Tataouine (village tunisien lieu du tournage de la première trilogie qui a inspiré le nom de la planète Tatooine), a été retweeté plus de 1000 fois, soit un record absolu pour le compte Twitter du musée. Mon seul regret ici est de ne pas avoir plus véritablement mettre en place une action de médiation à proprement parler puisque, compte-tenu des limites de la plateforme et de notre site actuel, je n’ai pas pu accompagner les quatre pièces sélectionnées de leur notice ou d’éléments contextuels. Ici, on touche aux limites entre médiation et communication, l’un des principaux enjeux de la présence des institutions culturelles sur les réseaux sociaux, sur lequel j’aurai l’occasion de revenir.

Dans le prochain article de cette série, j’évoquerai les applications mobiles comme outils de médiation.

Cet article et les trois autres consacrés à la « médiation numérique » sont basés sur mon intervention le mercredi 3 décembre 2014 avec Gonzague Gauthier à l’École la Panacée, en partenariat avec l’Université Montpellier III. Merci à Eli Commins et Éva Sandri pour leur accueil et l’organisation de cette rencontre.

Page d'accueil du site du Rijksmuseum

Ceci n’est pas une histoire du participatif au musée

Voici un texte sur lequel j’ai travaillé à l’occasion de ma participation au colloque-événement Participa(c)tion au MAC/VAL en décembre 2013, qui n’a finalement pas été utilisé par le musée. Il s’agit d’une tentative de replacer les enjeux de la participation des publics dans une continuité historique. Je le reproduis ici dans son intégralité, avec les précautions d’usages : malgré mes efforts dans la préparation de ce texte, je ne suis ni historien, ni chercheur en sciences sociales, mais un simple professionnel qui réfléchit à sa pratique.

Il est d’usage de dire que les « nouvelles » technologies et les pratiques qui y sont associées introduisent un changement de paradigme dans la relation entre visiteurs et institutions culturelles : s’il est vrai que les réseaux sociaux et l’ensemble des dispositifs numériques permettent un niveau d’interaction jamais atteint entre musées et visiteurs, la participation de ces derniers n’est pas apparue avec le bouton « J’aime » de Facebook et elle ne s’y limite pas. Comment associer les publics pour leur offrir une visite enrichissante ? Comment leur permettre de découvrir et de s’approprier la diversité des collections ? Les questions entourant l’engagement des visiteurs ont émergées bien avant les années 2000 et s’inscrivent dans une évolution marquée par des initiatives politiques, des choix stratégiques autant que des avancées technologiques. Sans ambition scientifique, on se propose d’en retracer les principales étapes et d’en observer les conséquences pour l’institution et les publics.

Des collections privées aux expositions publiques

Si les premières collections assemblées par les princes et les marchands européens au début du XVII°s préfigurent l’apparition des musées, ces galeries restent longtemps réservées aux élites intellectuelles et commerçantes. Tout autre public, qu’on n’appelle pas encore « grand », en est exclu. De riches collectionneurs, peu nombreux, partagent leurs collections composées d’art religieux dans un entre-soi qui verra émerger la notion d’exposition. On ne peut donc pas encore parler de public, mais la participation est là : ceux qui exposent sont les mêmes que ceux qui visitent.

À la fin du XVIII°s et au début du XIX°s, les révolutions politiques et sociales en Amérique du Nord et en Europe sont à l’origine d’une première étape de démocratisation des musées, qui deviennent symboles de la grandeur d’une nation et se doivent d’être au service du peuple. Les artistes et les étudiants bénéficient d’abord de cette ouverture puis, progressivement, la visite devient accessible à tous. Dès les prémices de ce qui deviendra l’institution muséale, trois enjeux relatifs à l’accès aux collections apparaissent. Le premier est d’ordre géographique : le visiteur n’a accès qu’aux musées dans lesquels il se déplace. Le suivant est économique : bien que les collections ne soient plus privées, il reste un droit d’entrée à régler. Aujourd’hui encore, malgré des grilles tarifaires avantageuses, une sortie familiale au musée s’accompagne de dépenses. Dernier enjeux : comment rendre le musée accessible à l’ensemble des visiteurs, issus de cultures et de classes sociales diverses, tout en garantissant la cohérence et la pertinence scientifique du propos ?

D’un objet à un autre, d’un visiteur à un autre

Au début des années 1970, l’idée d’un patrimoine lié à une communauté et à un territoire émerge : c’est l’apparition de l’écomusée, qui associe les habitants de la région à tous les niveaux de décision et de production. Les premiers naissent dans les parcs naturels (Ouessant, Marquèze), puis leurs thématiques se diversifient : certains sont consacrés à la technique (le chemin de fer à Mulhouse), d’autres aux cultures urbaines (Fresnes). Ils se multiplient et, dans les années 1990, on recense plus de 250 écomusées et musées de société en France. Parallèlement, au début des années 1980, le Mouvement international pour une nouvelle muséologie (MINOM) fait son apparition. Se plaçant dans le prolongement de l’écomusée, ses partisans soutiennent le rôle social voire environnemental du musée et aspirent au développement de la pluridisciplinarité. Ils souhaitent inventer de nouvelles manières d’entrer en interaction avec les publics, en s’inspirant notamment de ce qui est fait dans les musées de science : une médiation ludique, qui associe le visiteur à la manipulation de machines lui permettant de comprendre les concepts exposés (Palais de la Découverte, 1937).

Ces deux modèles rompent avec les codes du musée d’art classique : ils ne s’intéressent plus seulement aux beaux-arts, mais aussi aux arts populaires, et misent sur l’interdisciplinarité plutôt que sur la spécialisation. Les publics, associés à la création des exposition, deviennent acteurs – certains vont jusqu’à dire auteurs – du musée. Avec ce changement progressif d’objet apparaissent des impératifs pédagogiques : comment susciter la curiosité des visiteurs ? Comment articuler et présenter un discours pour que la visite sont instructive ?

Vers la pédagogie

Dans les années 1980, les ordinateurs arrivent dans les institutions publiques. Dans la continuité des manips, les bornes interactives font ainsi leur apparition. Elles permettent aux publics d’explorer les documents relatifs aux collections (Musée d’Orsay, 1986) ou d’apprendre de manière ludique (Cité des Sciences, 1986). Parallèlement, la numérisation des bases de données des collections permet aux conservateurs de structurer davantage l’information. D’abord accessible aux agents du musée avec la création de réseaux internes, ces bases deviennent consultables de l’extérieur avec l’arrivée d’internet. En permettant la consultation des notices d’œuvres, ces dispositifs – sites internet (Louvre, 1995) et CD-Rom (Versailles, 1996) – mettent à la disposition des visiteurs des connaissances qui, jusque là, étaient réservées aux personnels des musées.

Un bouton « Publier »…

Apparus au début des années 2000, les sites qui constituent ce qu’on a appelé le web 2.0 permettent aux utilisateurs de produire facilement leurs propres contenus (textes, photos, sons, vidéos) et de les publier rapidement sur le web, pour les partager avec leur communauté. Spontanément, beaucoup de visiteurs se photographient devant les œuvres à l’aide de leur smartphone, et partagent ces photos avec leurs proches. Certains racontent leur visite en direct à l’aide de Twitter et d’autres, sur leur blog une fois rentrés chez eux. Ces pratiques, qui dépassent le simple témoignage, participent à l’appropriation des collections par les publics (voir les travaux d’André Gunthert et ceux de Bernard Stiegler). En investissant les plateformes plébiscitées par les visiteurs, les institutions culturelles continuent d’explorer de nouvelles manières d’interagir avec leurs publics.

Une nouvelle fonction se crée : le community management – ou administration de communauté en ligne -, qui est une interface entre le musée et ses visiteurs. Porteur de la voix de l’institution auprès des publics, le community manager se fait l’écho de la programmation du musée, en s’adaptant parfois aux codes propres à internet. Mais son rôle est également de transmettre la parole des publics au sein de l’institution, complétant alors le travail effectué par les autres agents en contact direct avec les visiteurs. Dépassant la transmission d’un discours entourant les objets, il fait également émerger une nouvelle forme de médiation socio-technique mettant en relation à la fois les visiteurs et les objets, les visiteurs et le personnel du musée, les visiteurs entre eux.

… et un champ de recherche

Si les musées ne peuvent exposer l’intégralité de leurs collections en permanence, ils peuvent offrir l’accès aux savoirs qui les entourent. Le site internet du musée du quai Branly propose, depuis l’ouverture en 2006, l’intégralité des bases de données de ses collections : plus de 300 000 notices pour les objets, auxquelles s’ajoutent les ressources de l’iconothèque, de la médiathèque, des archives et de la documentation. Plus récemment, plusieurs grands musées européens (Centre Pompidou, Rijksmuseum) ont choisi de mettre les bases de données au cœur des refontes de leurs sites. Sur le modèle des moteurs de recherche, l’investigabilité – la possibilité d’effectuer des recherches dans une base de données – s’est rendue indispensable pour les visiteurs.

Progressivement, les sites de musées passent de sites vitrines, valorisant la programmation et les informations pratiques, à des sites de contenu, mettant en avant la richesse de collections et les informations qui y sont liées. De nouvelles problématiques apparaissent, tant techniques et éditoriales que stratégiques : comment offrir aux visiteurs la meilleure expérience utilisateur ? Ergonomie et design d’interface, efficacité de l’indexation posent de nouvelles questions – dont la réponse est parfois du côté des visiteurs, comme le montrent les exemples d’indexation collaborative. S’ils ne remplacent pas la visite physique du musée – dont l’expérience s’enrichit de l’architecture du bâtiment, de la scénographie et surtout de la confrontation physique avec les œuvres – ces modules d’exploration, sur les sites des musées ou externalisés (comme le Google Art Project) permettent « d’amener les collections » aux visiteurs en ligne.

Quelle participation pour demain ?

À travers son site internet, sa présence sur les réseaux sociaux et, éventuellement, ses applications mobiles, le musée contemporain prolonge le projet de l’écomusée, que ses fondateurs décrivaient comme « éclaté », parce que pluridisciplinaire et délocalisé. En permettant la circulation gratuite et dématérialisée des informations entourant les collections, le numérique abolit les distances et permet de répondre, au moins en partie, aux contraintes géographiques et économiques évoquées plus haut. Le bâtiment-musée s’autonomise, tandis que ses avatars en ligne prolongent et complètent l’offre de médiation et d’information. Alors qu’ils offrent l’opportunité de construire un véritable musée hors les murs, les outils numériques révèlent plus que jamais l’hétérogénéité des publics. Qu’est-ce que réunit les visiteurs qui prennent plaisir à partager, en ligne, des photos de leur visite et ceux qui partagent leur mécontentement face à une visite qui leur est imposée ? Experts ou novices, curieux ou blasés, investis ou indifférents : le défi demeure pour le musée de réussir à échanger avec tous ses publics. Heureusement, il n’a jamais eu autant de moyens à sa disposition pour y parvenir.

Merci à l’indispensable chronologie du numérique dans les musées, par Omer Pesquer, l’article de « Petite chronologie du numérique dans les musées » de Florence Belaën sur le C/Blog (qui semble avoir disparu), ainsi qu’à la complicité de Noémie Couillard et de Fred Pailler.

#coulissesMW

Étude de cas sur #coulissesMW, la première journée de la #MuseumWeek

Après avoir rapidement listé ce que le musée du quai Branly a posté pendant la #MuseumWeek, je vous propose de me concentrer sur la journée du lundi, avec le mot-dièse #coulissesMW et de l’explorer sous trois aspects : l’organisation, la communication et la médiation. Bien sûr, ce choix est un prétexte pour aborder plus généralement l’opération sous ces trois aspects.

Organisation

Cette première journée à mobilisé une douzaine d’agents, principalement de trois services de la direction du patrimoine des collections (le DPC) : la régie des collections, l’atelier de restauration et la conservation. Il a été nécessaire d’obtenir l’autorisation de la part d’Yves Le Fur, directeur du DPC pour que ses agents soient associés, à l’aide d’une note interne lui présentant le projet. Puis, j’ai rencontré individuellement certains des responsables de service pour leur expliquer le fonctionnement de Twitter et leur présenter ce que j’avais prévu de faire pour cette journée.

La journée elle-même elle s’est divisée en quatre parties :

  • première partie de la matinée sur le plateau des collections (l’espace des collections permanentes), avec la pose d’un pagne sur une statue de culture nkhisi en compagnie de deux agents du pôle restauration.
  • deuxième étape dans l’atelier de restauration conservation préventive avec les agents qui y travaillent, ainsi qu’un zoom sur les scan 3D, portés au musée par Christophe Moulherat, l’un des responsables scientifiques, qui a présenté le principe.
  • ensuite retour sur le plateau des collections pour le réaménagement de deux vitrines de la zone Amériques à l’occasion de l’exposition « Indiens des Plaines ». Pour ces trois étages, j’ai globalement posté en temps réel, avec quasiment un livetweet de la présentation de Christophe pour le scan 3D.
  • enfin, dernière étape, après le déjeuner et toute l’après-midi pour une visite les réserves en compagnie de l’un des agents qui les coordonne, Fabrice Sauvagnargues. Il n’aurait pas été possible d’accéder aux réserves sans l’accord du directeur du DPC, car cette zone est rarement accessible aux agents qui n’y travaillent pas. J’ai pu notamment montrer aux visiteurs des pièces en attente pour être photographiés, d’autres en attente d’être envoyées en itinérance, ou encore que certaines des nouvelles acquisitions. D’un point de vue pratique, comme il n’est pas possible d’accéder au réseau à partir des réserves, j’ai pris des notes et des photos, j’ai tout posté une fois remonté à a surface.

Communication

Du point de vue éditorial et institutionnel, il y avait plusieurs enjeux dans cette première journée : tout d’abord, il fallait trouver le ton, un ton qui soit propre à la dimension événementielle de la semaine, avec une couverture en temps réel conséquente, mais en même temps, une tonalité qui s’inscrive dans ce que nous faisons habituellement sur Twitter. Il était également important de respecter toutes les recommandations de sécurité et de confidentialité, notamment pour les informations et les photographies montrant des manipulations d’œuvres ou des zones à accès restreint des réserves. En outre, le scan 3D était un sujet assez délicat à traiter pour moi, alors que j’avais eu peu de temps pour me documenter en amont sur ce projet, qui est régulièrement montré dans des publications scientifiques mais encore peu connue de nos publics plus généraliste, et auquel il était important d’expliquer la démarche.

Plus généralement, les objectifs en termes de communication pour le musée lors de la #MuseumWeek était à la fois de se positionner comme innovant les réseaux sociaux et d’être identifié par les utilisateurs de Twitter qui n’auraient pas connaissance de notre présence sur la plateforme. À cet égard, nous estimons que nous avons atteint une partie des objectifs puisque que le musée a gagné 1500 nouveaux abonnés pour la seule semaine de la #MuseumWeek, ce qui constitue à peu près le double des nouveaux abonnés sur une semaine ordinaire. En outre, l’augmentation à continué dans les semaines qui ont suivi, notamment avec l’ouverture d’#IndiensdesPlaines et l’opération #LesBisons [article à venir] entre le 28 mars et le 8 avril. En revanche, parmi les nouveaux abonnés, peu ont continué à être actifs après la semaine.

Nous avons mis en place plusieurs relais à la fois en ligne et hors ligne pour mettre en avant l’événement :

  • sur le site du musée : une page dans la rubrique « Programmation/Fêtes et événements » ainsi qu’une bannière en page d’accueil
  • sur Facebook : une bannière spéciale pour la #MuseumWeek et un album avec le websérie « Histoires d’objets » le mercredi, consacrée aux coups de cœur des conservateurs.
  • in-situ : deux écrans dans la signalétique dynamique, l’un annonçant la semaine en général et le second annonçant le programme quotidien.

En outre, nous avons bénéficié d’une belle couverture dans les médias, avec plusieurs articles citant explicitement les publications du musée, parmi lesquelles l’article du Monde, illustré avec une de nos peaux peintes, merveilleuse publicité pour l’exposition « Indiens des Plaines » qui ouvrait deux semaines après la #MuseumWeek.

Médiation

Les actions qui ont été développés lors de cette plongée dans les coulisses s’inscrivent dans la continuité de ce que nous nous efforçons de mettre en place avec #jourdefermeture. Il s’agit à la fois de montrer les collections mais également d’accompagner les visiteurs dans leur découverte des métiers du musée, de ses espaces, de son quotidien. L’objectif était donc de dépasser la simple narration de pour atteindre un niveau un peu plus exigeant, en ajoutant autant que possible des éléments d’information qui viennent enrichir l’expérience du visiteur et lui permettre de retirer quelques connaissances de cet échange sur Twitter. Il s’agit également de sortir de l’événementialité (j’emprunte le terme à la sociologue Louise Merzeau lors de son dernier séminaire chez Antonio Casilli), propre à la programmation articulée autour d’expositions, de spectacles et de rencontres, pour porter un discours plus généraliste sur le musée, ses fonctions, sa vocation et ses activités.

Le travail effectué sur les #coulissesMW me semble donc clairement dépasser le cadre de la communication, institutionnelle ou promotionnelle. La cinquantaine de tweets postés sur cette journée ont permis de d’approfondir le propos sur ses collections, d’entrer dans des espaces qui ne sont pas habituellement montrés aux visiteurs, alors même que les collections étant nationales, ces pièces appartiennent aux citoyens, elles font partie du bien commun. Et de cette manière, ces publications sur Twitter viennent répondre en partie aux missions qui sont celles du musée : documenter, conserver et exposer le patrimoine national, mais aussi accueillir et informer les visiteurs.

Bilan pour le musée du quai Branly

L’organisation de la semaine a fait l’objet d’une bonne perception à l’interne, avec beaucoup d’agents très impliqués. L’événement a reçu la validation et le soutien des cinq directions principalement concernées, notamment celle du patrimoine et des collections, ce qui a permis une vraie plongée dans les réserves et dans la régie des œuvres, rarement montrée jusqu’à présent sur Twitter. Les effets de cette sensibilisation des agents continuent de se faire sentir plusieurs semaines après l’événement, et facilitent les perspectives de développement d’autres projets en ligne.

Pour le formuler manière plus personnelle, j’avoue que j’ai eu le plaisir de voir mes collègues mobilisés, réactifs et disponibles et je sais que je suis très chanceux d’avoir, au musée du quai Branly, une majorité d’agents ouverts au numérique en général, et notamment aux réseaux sociaux. J’ai eu de nombreuses propositions spontanées de la part de certain-e-s conservateurs, régisseurs-ses, chargé-e-s de production, enthousiastes à l’idée de participer à ce type de projet, c’est pourquoi je profite de l’occasion pour les remercier à nouveau.

En outre, comme indiqué plus haut, nous avons observé une vraie augmentation des abonnés, avec le doublement des nouveaux abonnés par rapport à une semaine habituelle. Le nombre d’abonnés continue d’augmenter, à la fois en raison de la semaine des musées, mais également comme le résultat de nos efforts de coordination pour apporter de la visibilité aux réseaux sociaux en ligne et hors ligne (affichage in-situ dans les expositions et d’autres espaces du musée, lettre d’information aux adhérents, site internet, etc).

Quelques réflexions dans la perspective d’une prochaine édition

Pour une prochaine édition, il est évident qu’il faudra faire preuve de davantage de coordination à l’international, notamment pour avoir les mêmes mots-dièses en France et à l’étranger, mais également plus de collaboration en amont pour créer des échanges avec des institutions dont les thématiques ou l’actualité sont proches.

La communication de Twitter basée sur « les douze grands musées parisiens qui créent la semaine des musées » est à discuter, et elle a été source d’échanges parfois vifs entre institutions, comme en témoigne l’article de mon confrère Gonzague Gauthier. Si elle valorise ces institutions, elle dessert franchement les plus modestes qui n’en sont pas moins dynamiques voire, pour certaines, encore plus créatives que les grosses. À titre personnel, je m’attendais à une approche plus communautaire de la part de Twitter, auréolée de son image de start-up californienne, qui a fait au contraire un choix très hiérarchique, assez institutionnel, de s’adresser à des musées en prenant davantage en compte le prestige et le capital social hors ligne que leurs pratiques en ligne.

Quoiqu’il en soit, cette semaine a été une formidable occasion de montrer le dynamisme des musées et, plus largement, des institutions culturelles, sur les réseaux sociaux. Au musée du quai Branly tout comme chez plusieurs de mes confrères et consœurs, plusieurs abonnés se sont révélés, tout comme des agents à l’interne. En outre, je persiste à penser que les outils tels que Twitter permettent d’aller plus loin que la seule communication de l’institution, pour s’inscrire dans une continuité éditoriale qui dépasse l’événement. Enfin, il me semble qu’il serait pertinent de bien associer les actions en ligne à des événements et/ou à une visibilité hors ligne.

Silicon Valois

Les rendez-vous culture et numérique du printemps 2014

Silicon ValoisBeaucoup de rendez-vous culture et numérique pour le printemps ! Voici un petit tour d’horizon de ce qui se passe à Paris, en Grande-Bretagne et à Montréal.

Silicon Valois, du 16 au 28 mai 2014, à Paris

Le Ministère de la Culture accueillera Silicon Valois, au 82 rue Saint-Honoré, un moment d’expérimentation présenté comme « un espace éphémère de rencontre entre la culture et l’univers numérique ». Au programme : des moments de rencontre, des ateliers pour créer, échanger et apprendre, un espace de coworking et un questionnaire.

À noter : mardi 27 mai, de 9h30 à 12h se tiendra une rencontre autour de la #MuseumWeek à laquelle je participerai aux côtés de mes confères Benjamin Benita d’Universcience et Aurore Gallarino du CMN, mais aussi d’Antoine Courtin du labex Les passés dans le présent et Justine Ryst de Twitter, alors que la séance sera animée par Florence Vielfaure pour le MCC.

Le soir même, de 18h30 à 20h, une rencontre Muzeonum aura lieu autour de la thématique « Forces et faiblesses des établissements publics face aux enjeux du numérique ». J’animerai cette séance avec Audrey Defretin, avec la complicité d’Omer Pesquer. La liste des intervenants est en cours de validation, mais il devrait y avoir des représentants d’institutions culturelles ainsi que des consultants ou agences extérieurs.

Hub Day Twitter, vendredi 23 mai à Paris

Le Hub Institute consacre un Hub Day, journée de formations dédiées aux cadres du marketing et de la communication, à Twitter. Ce sera « l’occasion de décrypter avec les acteurs de l’écosystème Twitter, les chiffres clés, les derniers services, les meilleures expérimentations, best practices et plus encore pour tout comprendre du réseau social. »

De grands noms de la communication et de la consommation seront bien sûr présents, mais une table ronde sera consacrée à la #MuseumWeek, avec la participation de Benjamin Benita d’Universcience et Charles d’Hérouville de la Cité de la musique. Une belle occasion de montrer que le community management ne se limitent pas aux entreprises avec des objectifs commerciaux, mais concerne également les institutions culturelles.

Une visite autour du dispositif numérique de Great Black Music à la Cité de la musique, Paris

Le vendredi 13 juin (ne soyez pas superstitieux), Muzeonum vous propose une visite de l’exposition Great Black Music à la Cité de la Musique en compagnie des concepteurs du dispositif numérique. Pas encore de lien, mais vous trouverez bientôt plus d’informations sur le groupe Facebook de Muzeonum.

Forum « Les musées à l’ère numérique », les 11 et 12 juin à Montréal

Les 11 et 12 juin se tiendra le forum « Les musées à l’ère numérique », organisé par la Société des musées québécois dans le cadre de l’accord France-Canada, avec le concours de l’OCIM. Je participerai aux deux journées (la première est réservée aux professionnels, mais la seconde est sur inscription), avec de super intervenants tels que Nancy Proctor du BMA, Samuel Bausson des Champs libres, Valérie Sirard du MAC et Aude Mathey du blog Culture & Communication. J’ai bein hâte de revoir Montréal !

Futur en Seine, du 12 au 22 juin en Île-de-France

Futur en Seine, la grande fête francilienne du numérique, revient pour la cinquième édition. Pour l’occasion, les principales initiatives #museogeeks se retrouveront pour débattre culture et pratique numériques le mardi 17 juin à 18h aux Arts Décoratifs. En plus des habituels Muzeonum, Museomix, Un soir, un musée, un verre, ça sera l’occasion d’en savoir plus sur le #CMmin, la réunion des community managers des institutions patrimoniales créée à l’initiative du Ministère de la Culture. À suivre avec le hashtag #FENS2014.

MuseumNext à NewCastle et Gateshead, du 18 au 20 juin au Royaume-Uni

Du 18 au 20 juin se tiendra la sixième édition de MuseumNext, rendez-vous européen des musées et du numérique. Parmi les interventions, à noter celles de Rui Guerra, co-fondateur de l’agence INTK et initiateur de MuseumAnalytics ; de Mar Dixon, consultante réseaux sociaux, créatrice de CultureThemes et investie dans de nombreux projets dont Museomix UK ;  et l’unique Frenchie, Sébastien Cursan de Cap Sciences, à Bordeaux. Un peu moins d’institutionnels qu’à Museums and the Web, beaucoup de consultants et d’agences, mais toujours des représentants de qualité, venu des quatre coins de l’Europe et parfois d’un peu plus loin.

Rendez-vous Muzeonum à Paris #10, le vendredi 27 juin

Enfin, le dernier Rendez-vous Muzeonum de la saison 2013-2014 sera organisé en partenariat avec Signe de Sens et aura pour thématique l’accessibilité. Il se tiendra le vendredi 27 juin, avant le traditionnel pique-nique de l’été, la première quinzaine de juillet. Plus d’informations à venir sur le groupe Facebook et le fil Twitter de Muzeonum.

Mais aussi à Montréal…

Deux événements un peu à la marge car il s’agit d’art numérique et non d’usage du numérique comme outil de médiation et de communication, mais qui valent le coup d’être soulignés :

  • La biennale internationale d’art numérique (BIAN) à Montréal, depuis le 18 avril et jusqu’au 13 juin prochain.
  • Toujours à Montréal, les festivals Elektra et Mutek s’allient pour présenter le festival EM15, du 27 mai au 1er juin 2014 : musique, performances, installations, notamment au Musée d’Art contemporain de Montréal.

Où que vous soyez, profitez-bien de ce printemps numérique !

MÀJ du 14/05/14 avec ajout de MuseumNext, de la BIAN et d’EM15.