Archives de catégorie : photographie

Selfie par Jamie Glavic

La boîte à outils du #selfie au musée

Suite à l’opération #MuseumSelfie qui a lieu chaque année mi-janvier depuis trois ans, eu lieu sur Twitter hier, mercredi 22 janvier 2014, à l’initiative de Mar Dixon (qui blogue sur CultureThemes), voici une courte liste de liens qui peuvent être utiles aux community managers d’institutions culturelles autour de la pratique du #selfie, et plus particulièrement dans les musées. à toutes les personnes qui souhaitent dépasser le « Bouh, quel égocentrisme ! » et autres « Ah, les jeunes avec leur portables, ils/elles ne regardent plus les œuvres, ma bonne dame ! »

Qu’est-ce qu’un #selfie ?

Pistes de réflexion

Quelques articles sur le sujet du côté des sciences humaines et sociales :

À propos de #MuseumSelfie

#MuseumSelfie dans la presse

#MuseumSelfie en chiffres

Selon les chiffres publiés le 22 janvier, à 23h (GMT, donc minuit en France) par Mar Dixon, #MuseumSelfie a généré :

  • 21566 tweets
  • 10 238 participants
  • 3791 photos
  • 9 vidéos

Et bien sûr, les judicieux conseils du Musée de Cluny !

MÀJ du 23/01/14 à 16h42 : ajout de l’article des Inrocks (merci @gillesduffau), puis du 26/06/14 : ajout des articles du Bonbon et de Grazia (merci @_omr).

Interdiction de la photographie au Musée d'Orsay © OrsayCommons 2011

Interdiction de la photographie dans les musées : c’est la gêne

Lu ce matin sur Exponaute : Jean-Jacques Ezrati tient un discours plus que discutable sur la photo au musée. Cet éclairagiste-conseil, qui a collaboré avec la Direction des musées de France et le C2RMF sur des questions de conservation et de prévention, tient des propos douteux pour légitimer l’interdiction de la photographie avec flash dans les institutions culturelles, en s’appuyant principalement sur la gêne occasionnée pour les autres visiteurs. Dans les grandes lignes, le propos de l’article est d’apporter la preuve qu’il n’y a aucune légitimité scientifique à interdire la photographie avec flash aux visiteurs amateurs, sans danger pour les œuvres selon Ezrati. Jusqu’ici, tout va bien.

Mais j’attire votre attention sur le dernier paragraphe, qui tend à suggérer la création de « castes » dans les visiteurs : d’un côté, les étudiants et chercheurs qui auraient droit de photographier et de l’autre, les amateurs qui devraient se contenter de « reproductions des œuvres présentes dans les collections publiques [accessibles] gratuitement ou pour quelques centimes d’euros ». Oubliant au passage la fonction d’appropriation de l’oeuvre que joue la photographie (thèse soutenue par Bernard Stiegler, entre autres) et les pratiques contemporaines de la photographie, du partage et des réseaux sociaux.

Cet article est à mettre en perspective avec la photographie de Shakira à Orsay, postée par la chanteuse sur sa page Facebook il y a quelques jours, likée 250 000 fois et partagée 8000 fois. Devant une telle popularité, le musée a bien été obligé de remercier Shakira pour la publicité, rappelant au passage l’interdiction de la photographie en ses murs… Schizophrénie ou opportunisme ?

© Jean-Pierre Aube

Mes expositions de l’automne 2011

Tout comme Diane Drubay sur buzzeum et en attendant les suggestions de CarpeWebem, je vous propose un petit tour d’horizon des expositions à voir à la rentrée, à mon humble avis. Au programme : design graphique, photographie, installations interactives, art contemporain, à Paris et à Montréal.

Le Mois de la Photo de Montréal

Lucidité © Mois de la Photo de Montréal, 2011Comme tous les deux ans à l’automne, Montréal accueillera le Mois de la Photo du 8 septembre au 9 novembre. Cette année, c’est le thème Lucidité, vues de l’intérieur qui a été choisi sous l’impulsion de la commissaire invitée Anne-Marie Ninacs. Pour l’avoir fait en 2009, je ne peux que vous conseiller ce superbe festival qui propose un programme de 25 expositions réparties dans 14 lieux (intérieurs et extérieurs), un colloque, une publication de qualité et un programme éducatif. Et tous les événements sont gratuits, ce qui n’est pas le cas de tous les festivals de ce genre.

« Trackers », Rafael Lozano-Hemmer à la Gaîté Lyrique, Paris

"Frequency and volume" © Rafael Lozano-HemmerAprès la belle découverte de Matt Pyke au printemps dernier, j’attends avec impatience de voir les 12 installations de Rafael Lozano-Hammer, artiste mexicain installé à Montréal, qui seront présentées à la Gaîté Lyrique du 30 septembre au 6 novembre 2011. Le descriptif de l’exposition est pour le moins alléchant :

« Les œuvres utilisent les techniques de surveillance pour entraîner le visiteur dans leur danse : capteurs infrarouges, systèmes d’enregistrement, puissants projecteurs, scanners radioélectriques. La technologie est au cœur de la démarche de Rafael Lozano-Hemmer et vise à intégrer dans l’oeuvre l’information émise par chaque individu. »

« WAT », Trafik à la galerie Anatome, Paris

Scénographie et communication visuelle de "Muséogames" au CNAM © Trafik, 2010.La galerie Anatome présentera le travail du studio lyonnais Trafik  à travers l’exposition « WAT? Who are they?/We are Trafik?/Who are Trafik? », du 5 octobre au 10 décembre 2011. Programmateurs, graphistes, designers, magiciens du pixel autant que du papier, oeuvrant pour les grandes marques de luxe mais aussi créateurs d’installations interactives : il me tarde de découvrir le travail de ce collectif de Frenchies reconnus internationalement.

La Triennale québécoise 2011, Montréal

© Jean-Pierre AubeDu 7 octobre 2011 au 3 janvier 2012, le musée d’art contemporain de Montréal accueillera la deuxième édition de la Triennale québécoise. Après « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » en 2008, « Le travail qui nous attend » sera l’occasion de découvrir 50 jeunes artistes en activité, québécois ou vivants au Québec, exposés à côté des grands noms. Mais qui a dit « C’est pas demain qu’on verra ça à Paris… » ?

Stefan Sagmeister aux Arts Décoratifs, Paris

© Stefan SagmeisterDu 13 octobre 2011 au 19 février 2012, Les Arts Décoratifs (collections de la Publicité) reçoivent une exposition présentée par le musée de Design et d’Arts Appliqués (Mudac) de Lausanne au printemps dernier, « Stefan Sagmeister, another exhibition about promotion and sales material ». Ce sera l’occasion de (re)découvrir le travail sensible, souvent drôle et décalé de cet Autrichien exilé à New York, qui a beaucoup travaillé pour la musique et les arts vivants (voir le site de son studio).

Et toujours…

Hussein Chalayan aux Arts Décoratifs (collections de la Mode) jusqu’au 13 novembre, « Paris-Delhi-Bombay… » au Centre Pompidou jusqu’au 13 septembre (lire ma note) et « Maya, de l’aube au crespuscule » au Musée du Quai Branly.

« Attaché » de David K. Ross au Musée d'art contemporain de Montréal (MAC) en 2009.

« Attaché » de David K. Ross au MAC, Montréal

« Attaché » de David K. Ross

« Attaché » de David K. Ross

Canadien né en 1966, David K. Ross vit et travaille à Montréal. Il s’intéresse aux périphériques de l’exposition : le montage, le démontage, l’entreposage, la mise en caisse. Pour « Attaché », il s’est intéressé au code coloré adopté par les institutions canadiennes au milieu du XX°s pour identifier l’origine des caisses de transport des oeuvres : rose pale jusqu’en 1989 puis pourpre pour le Musée d’Art Contemporain de Montréal, ocre jaune pour le Musée des Beaux-Arts de Montréal ou encore bleu sombre pour le Centre Canadien d’Architecture. Ironiquement, ce système coloré est instauré au moment où émergent des pratiques picturales fortement liées à la couleur, telle que l’expressionnisme abstrait ou le colour field painting [En]. Aujourd’hui, ce code coloré pourrait bien disparaître pour laisser place à d’autres systèmes d’identification des caisses.

Dans la première salle sont exposés une douzaine de tableaux, dont chacun représente un détail photographique agrandi de la caisse qui le contient. Les tableaux portent le nom des lieux dont ils illustrent la caisse : « MBAM/MMFA » pour le Musée des Beaux-Arts de Montréal/Montreal Museum of Fine Arts ou « CCA » pour le Centre Canadien d’Architecture. Il en découle une vraie qualité plastique et graphique indéniablement liée au colour field painting : effets de matières, jeux de relief et accidents colorés… Toutes les pièces, issues de la collection de l’artiste, sont des impressions latex sur toiles dont les dimensions finales sont légèrement plus petites que la caisse pour pouvoir les y placer. David K. Ross propose ainsi un rapprochement astucieux teinté d’ironie entre la création de ce code coloré et l’émergence des mouvements artistiques préoccupés par la couleur.

La seconde salle présente « 396 x 534 x 762 » (2010), une vidéo fascinante et précieuse pour qui aime connaître les « dessous » de l’exposition. David K. Ross y projette un film documentant le montage de l’exposition « Attaché ». On y assiste à l’entreposage des caisses une fois les oeuvres déballées et installées, puis au montage de la cloison qui ferme l’espace d’exposition (pose d’une armature en poutre légère d’aluminium, pose de blocs de plâtre, enduit, peinture). Jolie mise en abyme de l’exposition, le visiteur assiste à la création du mur qui lui fait face, dans un habile jeu de caché/dévoilé. C’est là toute la richesse du travail de Ross : « Attaché » est à la fois une illustration des procédés classiques de l’exposition (tableaux accrochés aux murs blancs dans la première salle, oeuvres aux titres sibyllins sur des cartels normés) tout autant qu’à une réflexion sur la nature de l’exposition : qu’est-ce qu’on montre ? pourquoi ? comment ? avec quels artifices, quels outils ?

Seul point noir de la présentation : le texte d’introduction de la commissaire Josée Belisle. Principal élément de médiation, premier contact avec les visiteurs par son positionnement en préambule de l’exposition, il est très long et difficile d’accès. De très longues phrases, dont certaines sont particulièrement peu digestes et demandent un sérieux effort de concentration, à l’image du premier paragraphe composé d’une seule phrase. Au final, ce texte vient compliquer le propos de David K. Ross plutôt que de l’éclairer, alors même que la réflexion de l’artiste sur la nature de l’exposition est riche et astucieuse, mais simple.

Exposition du 21 mai au 6 septembre 2010, commissaire : Josée Bélisle. J’ai visité l’exposition le 4 août 2010.

"Nu au tricot rayé", Willy Ronis - Paris, 1970 © ministère de la Culture et de la Communication

« Willy Ronis, une poétique de l’engagement » à la Monnaie de Paris

À l’occasion du centenaire de la naissance de Willy Ronis et moins d’un an après sa disparition, le Jeu de Paume et la Monnaie de Paris s’associent pour présenter une sélection d’oeuvres issues de la donation faite par le photographe à l’État français. Cette importante collection qui rassemble des milliers de négatifs, de documents, d’albums originaux et de tirages modernes, est conservée par la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, sous la tutelle du ministère de la Culture et de la Communication.

Les premières salles s’ouvrent sur la vie dans la rue, principalement dans le Paris des années 1950. On y découvre un Willy Ronis très impliqué auprès des travailleurs, à travers plusieurs reportages pour Regards, mais aussi pour Time ou Life. Son indépendance et son engagement politique lui causeront d’ailleurs des difficultés financières et professionnelles : il met rapidement fin à sa collaboration avec les magazines américains, car il n’y trouve pas la liberté qu’il souhaite. D’autres séries témoignent de la solidarité de Willy Ronis avec les travailleurs et de son engagement communiste, avec des photos qui mettent en scène artisans et ouvriers : tissage et soufflage du verre par exemple, mais aussi les conditions de vie modestes des parisiens dans l’après-guerre. Suivent une succession de salles consacrées aux voyages : RDA, Tchécoslovaquie, Turquie ou encore USA. Willy Ronis, qui définit le fait de prendre une photo comme « une aptitude à réagir sur le champ à tout ce qui entre en résonance avec [sa] nature profonde » montre un intérêt certain pour la figure humaine, un sujet vivant et émouvant qui traverse toute sa carrière et reflète sont engagement auprès du courant humaniste. Sa photographie est très spontanée et il montre souvent des personnages dans leur environnement quotidien, en mouvement, parfois même flous. S’il n’a pas la rigueur du cadrage d’Henri Cartier-Bresson, il n’hésite pas à être très proche de ses sujets et apprécie les compositions hautes, avec un horizon placé au deux tiers de l’image. Excellent technicien, il insiste sur l’importance de faire ses propres tirages, seul garant d’un résultat à la hauteur de ses exigences artistiques. L’exposition se termine sur une dernière salle confuse, où se mélangent nus féminins, portraits (dont Picasso, Sartre et Capa) et scènes de genre avec chatons.

Les efforts de médiation semblent réduits au minimum : au milieu de l’exposition, on trouve une chronologie de la vie de Ronis, accompagnée d’une interview audio du photographe ainsi qu’une salle de projection vidéo présentant des interviews croisées de membres de sa famille et de collaborateurs. Si toutes les photographies portent un cartel précis et complet, il n’y a aucun texte de salle, seulement quelques cartels développés. Il s’agit de commentaires de Willy Ronis sur son travail, mais on ne trouve aucune explication ou analyse extérieure qui permettrait une médiation entre les oeuvres et le public. Il n’y a pas non plus de titre dans les salles, ce qui permettrait de distinguer les différentes parties et leurs articulations.

On peut d’ailleurs regretter que les cinq thématiques – la rue (et surtout Paris), le travail, le voyage, le corps et la vie intime (amis et famille) – n’apparaissent pas plus clairement au fil de l’exposition. Le dépliant qui l’accompagne les évoque, mais qu’en est-il des gens qui n’ont pas pris ce document à l’entrée ? De ce qui ne parlent pas français ? De ce que la lecture d’un long texte rebute ? À propose de l’absence d’explication autour des oeuvres, là aussi, une précision apparaît dans le dépliant : « la présente exposition constitue (…) un premier aperçu de la richesse de ce fonds, dont l’étude rigoureuse et scientifique devra passer encore par un travail de catalogage et une réflexion critique plus poussés ». On peut regretter qu’une telle information ne soit pas présente dans le texte introductif à l’exposition. Au moins pourra-t-on apprécier que l’ensemble de l’exposition soit bilingue français/anglais, en ce qui concerne les cartels et les quelques informations écrites.

Exposition du 16 avril au 22 août 2010, à la Monnaie de Paris, plus d’information sur le site du Jeu de Paume. J’ai visité l’exposition le 4 juillet 2010.

"Contreforme" © Mathieu Harel-Vivier (2009)

Rencontre avec Mathieu Harel-Vivier, plasticien et photographe

Contreforme, Mathieu Harel-Vivier (2009)

Contreforme, Mathieu Harel-Vivier (2009)

On poursuit les rencontres avec Mathieu Harel-Vivier, 27 ans, plasticien et photographe, qui vit et travaille à Rennes.

Parle nous de ton parcours, comment es-tu arrivé à la photographie ?

J’ai suivi un cursus complet en arts plastiques jusqu’au master à l’Université Rennes 2 avant de mener un travail de recherche en thèse au sein de l’équipe d’accueil « Arts : pratiques et poétiques dans le laboratoire l’œuvre et l’image ». J’ai écrit un mémoire de master intitulé Figure de l’absence, une pratique du sténopé, dans lequel il s’agissait de développer une étude théorique, en corrélation avec un travail artistique sur le sténopé employé dans un dispositif de mise en scène pour générer une image. Refusant la conception d’une image vécue comme preuve d’existence et souhaitant ne pas documenter le réel, j’ai choisi de m’intéresser au médium, à ses caractéristiques temporelles, à sa mise en espace. Aussi, c’est avec un regard constamment porté sur l’extérieur et via la pratique – quelques heures passées dans le labo – que je me suis intéressé à la photo.
Une autre pratique, cette fois documentaire, m’a mené vers un usage différent de la photographie. Après avoir travaillé avec Alexandre Perigot à plusieurs reprises, j’ai réalisé les visuels de ses expositions à Bialystok, Lisbonne, ou Cajarc. Depuis, j’ai régulièrement l’occasion de répondre à des missions pour photographier des expositions. J’ai par exemple été sollicité pour l’élaboration du catalogue lors de la première édition des Ateliers de Rennes – Biennale d’art contemporain.

Quels sont les photographes (ou les courants photographiques) qui te touchent, dont tu apprécies le travail ?
J’apprécie profondément le travail d’un artiste lorsque l’expérience liée à la production de l’oeuvre est envisagée comme une modification des perceptions habituelles, en somme lorsqu’il transforme notre rapport à la réalité. Sans avoir forcément les mêmes noms en tête que Garance, je suis aussi très intéressé par un travail faisant communiquer photographie et sculpture, et pense par exemple à la série Chair de Richard Artschwager et Ouverture de Jean-Marc Bustamente. Les deux œuvres présentées par Jeff Guess au Mois de la Photo à Montréal concentrent elles aussi une manière de penser la spatialisation de l’image fait un retour sur le principe à l’origine de la formation de l’image. Autour de Foto povera se sont regroupés plusieurs artistes qui possèdent une conception de l’image qui me séduit beaucoup dans la définition qu’en fait Jean-Marie Baldner, « se faire plaisir » d’autant que le terme autour duquel ils se regroupent n’est pas sans lever la polémique. Par ailleurs, plusieurs rencontres avec les œuvres de certains artistes me sont restées en mémoire, comme la pratique de dessins de Richard Fauguet (voir l’exposition Pas vu, pas pris, au Plateau-FRAC Île-de-France en 2009), de scénographie et d’appropriation de John M. Armleder, de fragmentation d’Éric Rondepierre, d’agencement chez Sam Taylor Wood, de narration chez Ulla Von Branderburg et de collage chez John Stezaker

Aujourd’hui, quelles sont tes différentes activités ?
Je suis artiste plasticien et photographe. Je prépare en ce moment une exposition au WE Project à Bruxelles avec Etienne De France sur invitation de l’association Sans titre 2006 qui se charge du commissariat. Il s’agit de travailler les relations qu’entretiennent nos deux pratiques. En parallèle à ce travail artistique, je prépare une thèse en arts plastiques sur l’image photographique et m’intéresse aux images en perte de réalité, abstraites et fictionnelles. Je fais partie du comité de lecture de la Revue 2.0.1. (revue de recherche sur l’art du XIXe au XXIe siècle).

Autrement, je travaille au Centre Culturel Colombier à Rennes, un équipement culturel associatif conventionné par la ville de Rennes sur des missions d’intérêt général à caractère éducatif et culturel. La majorité de ses activités sont orientées vers les arts plastiques. Autour de la programmation en art contemporain se tisse un travail en direction du public de quartier, des scolaires, des étudiants, et dans ce contexte je m’occupe de la coordination des activités et suis responsable des accueils du public scolaire.

À quoi ressemble le paysage culturel rennais ? Quels sont les lieux, les galeries, les artistes ?
Au regard du nombre de structures, il me semble que le paysage culturel rennais est assez dense en termes de propositions. Si l’on s’en tient aux arts plastiques, Rennes possède de nombreux espaces d’expositions et initiatives en direction de l’art contemporain et des artistes. Le Fond Régional d’art contemporain de Bretagne attend la mise à disposition de ses nouveaux locaux dans le nord-ouest de la ville. Le Musée des beaux-arts réouvre ses portes. L’ERBA (Ecole régionale des beaux-arts) vient de changer de direction et entend promouvoir Les galeries du Cloître comme un espace d’exposition pour les artistes et les étudiants. L’Université Rennes 2 possède un département arts plastiques et un espace d’exposition de haute tenue géré par des étudiants : La galerie Art & Essai.

En plein centre ville de Rennes se trouve La criée, le centre d’art contemporain en régie municipale. La ville soutient également plusieurs espaces comme 40mcube dédié principalement à la production d’œuvres contemporaines et qui vient d’inaugurer un parc de sculptures. La galerie DMA ouverte en 2008 présente le travail de designers et d’artistes lié aux problématiques art, design et sociétés. La même année des étudiants de l’ERBA ouvrent la galerie Sortie des artistes afin de promouvoir la jeune création. La galerie Oniris représente plusieurs artistes de renommée internationale. Le Centre Culturel Colombier dispose d’un espace d’exposition qu’il met à contribution à travers des résidences d’artistes et une programmation souvent liée aux enjeux de territoires, d’espaces cartographiés, de relation entre espace public et espace privé. Le Grand Cordel est un des lieux qui participent à la vie culturelle avec un espace d’exposition généralement occupé par des jeunes artistes. Le Triangle, plateau pour la danse possède une galerie connue pour la présentation de travaux d’artistes photographes. Le Bon Accueil est également un des lieux reconnus pour son travail d’accompagnement des plasticiens vers l’exposition mais également vers leur professionnalisation via la Fédération des Réseaux et associations d’artistes plasticiens.

Chaque année fin novembre, un événement se développe autour de l’ouverture au public d’un nombre important d’ateliers et ateliers-logements distribués aux artistes par la ville de Rennes. Et Ce qui vient, en 2010, est la deuxième édition de la Biennale d’art contemporain présentée au Couvent des jacobins et dans plusieurs lieux culturels cités plus haut.

Peux-tu nous parler plus précisément de ta pratique plastique et photographique ?

Je m’intéresse en particulier aux modes d’apparition et de fabrication de l’image photographique : réalisées sans appareil, détériorées, projetées ou agencées dans l’espace, je produis des images en perte de réalité. Je porte un grand intérêt à l’économie de production de l’image avec l’utilisation de boîte sténopé en carton, l’intervention directe sur l’image, l’assemblage d’images… À la différence d’un attachement commun à la réalité tendant à nier la matérialité de l’image, le plus souvent je choisis un sujet qui vise à mettre en évidence les qualités des supports photographiques. Parfois proche d’un usage amateur de la photographie, ce travail vise la puissance fictionnelle et onirique de l’image, afin de considérer une image qui ne repose plus seulement sur une dialectique de l’enregistrement documentaire et de la composition picturale. Du Polaroid (Spectre, 2008) aux agencements en constellation de tirages de divers formats (Errance, 2009), ou encore au sténopé (Sténopé, 2005) à l’installation photographique sur table lumineuse (Spectres, 2009), je suis attentif au dialogue qui s’instaure entre la spatialisation de l’image et sa représentation.

Comment vois-tu ton avenir professionnel ? Dans quelle direction souhaites-tu aller ?
Je viens d’entrer dans un atelier-logement de la ville au mois de janvier, aussi je vais pouvoir me consacrer davantage à mon travail artistique à ma thèse et réfléchir autrement à la mise en espace de mon travail. Pourquoi pas penser l’image en volume, travailler avec un artiste qui pense les choses de cette manière…

"Théâtre de poche", Aurélien Froment, 2007 © Courtesy Motive Gallery.

Rencontre avec Garance Chabert, commissaire et critique d’art

"Théâtre de poche", Aurélien Froment, 2007 © Courtesy Motive Gallery.

Pour inaugurer le cycle des Rencontres du mercredi, Garance Chabert, commissaire et critique d’art, présente son parcours, ses activités et notamment son engagement auprès du collectif Le Bureau/.

Parle nous de ton parcours, comment t’es-tu intéressée à la photographie ?
J’ai fait des études d’histoire et d’histoire de l’art, et j’ai conclu mon cursus par un DEA sur les théories postcoloniales et un DESS sur la pratique de l’exposition et de la critique d’art contemporain. Ce qui m’intéressait dans la photographie, c’était son impact dans et sur l’histoire, à quel point elle reflétait et témoignait des structures de représentation d’une société et de sa culture visuelle. J’ai écrit un mémoire sur le festival de photojournalisme de Perpignan, Visa pour l’Image, en pointant les ambiguités d’une manifestation toute tournée vers le passé héroïque de la photographie d’information et refusant d’admettre que le photojournalisme est aujourd’hui avant tout un produit esthétique et culturel. Je l’ai ensuite publié sous forme d’article dans la revue d’histoire de la photographie Études Photographiques, dont je suis secrétaire de rédaction depuis deux ans.

Quels sont les plasticiens, les photographes (ou les courants artistiques, photographiques) qui te touchent, dont tu apprécies le travail ?
Je constate qu’aujourd’hui la sculpture est un champ d’expériences artistiques très fécond et dynamique. Même si je ne m’intéresse pas a priori à un médium en particulier, certaines pratiques faisant communiquer la photographie et la sculpture m’intéressent particulièrement (le travail d’Etienne Bossut ou de Raphaël Zarka par exemple). Je travaille aussi actuellement sur les pratiques réinvestissant et associant subjectivement des images déjà produites dans des configurations très différentes (le tableau, la vidéo, la conférence, l’installation etc.). Je pense à de jeunes artistes comme Clément Rodzielski, Aurélien Froment, Ryan Gander, mais aussi Barbara Bloom, Luis Jacob, Johannes Wohnseifer ou Tacita Dean. En vrac, je suis aussi très sensible au travail d’Isabelle Cornaro, Emilie Perotto, Gaëlle Boucand, ou encore Till Roeskens, qui ont des pratiques très différentes les unes des autres.

Aujourd’hui, quelles sont tes différentes activités ?
Je travaille au sein d’une collection très importante de photographies du XIXe siècle, la Société française de photographie, ou je suis administratrice et secrétaire de rédaction de la revue Études Photographiques. Je m’occupe surtout de l’iconographie de la revue, de sa fabrication et de sa diffusion. Parallèlement, j’écris sur l’art contemporain, surtout des monographies de jeunes artistes ou des comptes-rendus d’exposition pour la revue Art21 ou pour des catalogues spécifiques. Enfin, je suis commissaire d’exposition dans un collectif de curators qui s’appelle Le Bureau/.

Peux-tu nous parler davantage du Bureau/ ? Quelle est votre vocation, quelles sont vos activités ?
Le Bureau/, qui regroupe sept commissaires, s’est constitué en 2004 dans l’idée de proposer des dispositifs d’exposition qui permettent d’une part de regarder une oeuvre dans différentes configurations afin de multiplier son potentiel sémantique et d’autre part de faire de l’exposition un espace dynamique, croisant des conventions qui ne sont pas forcément celles du monde de l’art (le temps de travail pour l’exposition 35h, le peer-to-peer pour l’expo P2P, la conférence pour proposition de colloque etc.). Nous travaillons ainsi à partir des contraintes inhérentes à un lieu, à sa taille, au public qui le traverse ou le visite etc. Ainsi pour les trois expositions en 2009 de la Maison Populaire à Montreuil, nous avons construit la programmation intitulée Un plan simple d’après la circulation du public quotidien de la structure, à savoir des adhérents traversant l’espace d’exposition pour se rendre à d’autres activités. Les expositions sont ainsi construites frontalement, de manière à être appréhendées d’abord d’un coup d’oeil, même si elles engagent ensuite à s’approcher des oeuvres.

Comment le Bureau/ se positionne-t-il au sein de la critique d’art et de photographie ?
Le Bureau/ ne fait pas de critique d’art, même si certains membres du collectif écrivent, et pour le Bureau/ je pense que la photographie est un médium de représentation parmi d’autres, avec une histoire particulièrement intéressante notamment en ce qui concerne son impact sur l’art, sa documentation et sa diffusion. Nous sommes très attentifs aux photographies d’expositions, et nous avons même imaginé l’accrochage de la première exposition de la Maison populaire Perspective en fonction de sa photogénie. Mais je ne crois pas que c’était le sens de ta question !

Comment vois-tu évoluer la pratique du commissariat, le rôle du curator ?
Le commissaire a pris depuis 20 ans une importance croissante dans le champ de l’art, même si aujourd’hui encore, c’est un métier sans statut (voir les enquêtes de l’association Commissaires d’exposition associés), notamment soumis à une variabilité extrême de rémunération sous les formes les plus diverses (droits d’auteur, intermittence, Maison des Artistes etc.). D’un point de vue plus théorique, le rôle de plus en plus visible et affirmé du commissaire a donné lieu dans les années 2000 à la revendication chez certains de leur qualité d' »auteur d’expositions » (notamment Eric Troncy) alors que d’autres mettent en avant le rôle d’intermédiaire, de « médiateur » entre le public et l’artiste. Je pense pour ma part que le commissaire est le premier spectateur et interlocuteur d’un artiste. La question du travail collectif permettait pour le Bureau/, en même temps d’affirmer un travail de scénographie et d’accrochage fort, mais sans mettre en avant la figure, le nom ou le CV du commissaire. Il y a d’ailleurs plusieurs collectifs qui se sont créés en France et à l’étranger depuis quelques années (voir le dossier « Curatoring » dans 02), ce qui est à mon avis symptomatique, et du statut social du commissaire (il est très difficile, du moins pendant plusieurs années, d’en vivre) et de la position de retrait individuel et de réflexion collective des jeunes commissaires.

L’exposition « Un plan simple 3/3 (écran) » est visible à la Maison Populaire de Montreuil jusqu’au 12 décembre 2009.
Le « Théâtre de poche » d’Aurélien Froment (2007) a été présenté du 28 août au 11 octobre 2009, à la Bonniers Konsthall de Stockholm (Suède).

Je vous ai manqué ?

Métro de Montréal, station Mont-Royal (c) Sébastien Magro.

Métro de Montréal, station Mont-Royal (c) Sébastien Magro.

Voici plus d’un mois que je n’ai pas mis à jour ce blog, et pourtant je ne cesse pas d’enregistrer de nouveaux brouillons de billets ! En attendant, je souhaite vous faire partager quelques rencontres/liens/événements glanés ça et là et qui valent le détour…

[Photo]
Mathieu Harel-Vivier est un jeune plasticien, photographe et critique d’art que j’ai rencontré lors de mon séjour au MPM au début du mois. Basé à Rennes, il intervient dans la médiation et la coordination au Centre Culturel Colombier. Je vous proposerai prochainement une entrevue avec lui pour un gros plan sur son travail et sa pratique photographique.
– SB est une galeriste anonyme à Paris. Avec Léonore Forêt, elle a créé la Galerie Miniature, galerie sans lieu, qui propose des tirages petits formats de jeunes photographes émergents. Je publierai également un échange avec SB, où elle nous présentera les enjeux du projet dans le contexte des galeries photos actuelles.
Nicolas Havette est un jeune photographe. Diplômé de l’Ecole nationale supérieure de photographie d’Arles, il a beaucoup voyagé en Asie du sud-est, en Afghanistan, en Europe de l’est. Aujourd’hui il partage son temps entre la France et le Cambodge, où il a créé le PPP, Photo Phnom Penh, le premier festival de photo cambodgien. Je publierai aussi une interview de Nicolas.

[Design]
Claire Ferreira est une jeune et talentueuse designer produit. Après un BTS à l’Ecole Boulle, un DSAA à Olivier-de-Serres, son projet de diplôme pour le Master au Royal College of Arts lui vaut quelques publications, voir notamment l’article dans Yatzer.
– Apple vient de dévoiler quelques nouveautés : un iMac dont l’écran de 27″ de diagonal s’approche dangereusement d’un téléviseur, le MacBook revisité avec une coque unibody en polycarbonate, toujours plus vert, le Mac mini perfectionné et plus performant. Mais la véritable innovation c’est l’application de la technologie multi-touch sur la Magic Mouse, qui fait complètement disparaître les boutons au profil d’une surface intégralement tactile.
– Ouverture à Paris du Lieu du design voulu par Jean-Paul Huchon. Son emplacement géographique sur la rue du Faubourg St-Antoine le place dans une culture très design produit (voire carrément mobilier), son équipe de « gouvernance » (je cite le terme utilisé sur le site) ne semble pas contenir une seule personne en dessous de 50 ans, son identité visuelle lourde et datée, réalisée par une agence que je ne porte pas dans mon coeur… Bref, tout cela me fait un peu peur quand à la vocation de ce lieu et à ses futures actions. Mais ne soyons pas pessimiste, un tel lieu manquait réellement à Paris, laissons le projet évoluer et on verra.

[Mode]
– Quelques semaines après la parution du livre de son compagnon, Scott Schuman a.k.a The Sartorialist, la brillante bloggeuse de mode Garance Doré inaugure la nouvelle version de Vogue.com en proposant son carnet de note de la Fashion Week aux côtés de Carine Roitfeld. Une jolie manière de visiter les coulisses des défilés, avec la fraîcheur de la plume de Garance et ses photographies toujours impeccables.

Je vous laisse sur ces belles images et je vous donne rendez-vous dans les prochains jours pour une série de billets autour de la photo.

Visa pour l’image : l’émergence du web-reportage

(c) lemonde.fr

Soren Seelow, Léo Ridet, Bernard Monasterolo, Karim El Hadj (c) lemonde.fr

Au croisement entre web, photographie et journalisme, le web-reportage fait parler de lui avec la remise, pour la première fois, d’un prix spécial au festival Visa pour l’image de Perpignan, en partenariat avec France 24 et RFI. Le prix a été décerné au très beau et très troublant web-reportage « Le corps incarcéré » de Soren Seelow, Léo Ridet, Bernard Monasterolo et Karim El Hadj, tous membres de la rédaction du Monde Interactif. Un genre émergent à part entière qui reflète l’influence des nouvelles technologies sur le travail des photographes, mais ouvre également de nouvelles pistes pour l’évolution de la pratique de la photographie.

Voir l’article sur le sujet du 1er septembre 2009 sur lemonde.fr

« Le Louvre pendant la guerre : regards photographiques 1938-1947 » au Musée du Louvre

(c) Pierre Jahan/Archives des musées nationaux.

(c) Pierre Jahan/Archives des musées nationaux.

Le Louvre pendant la guerre, c’est un peu la tarte à la crème de l’histoire du vaisseau amiral des musées de France. Le commissaire Guillaume Fonkenell et son équipe s’en sortent très bien en proposant une exposition simple, dépouillée, extrêmement lisible.

La scénographie est basique mais efficace : aux murs de l’unique salle carrée sont accrochées les photos de petit format, mélange de tirages d’époque et de reproductions contemporaines. Au centre, un bloc de panneaux présentant quatre faces qui nous mènent de l’accueil du visiteur à la clôture de l’exposition en passant par un montage vidéo et un gros plan sur la Joconde. Le choix d’une organisation à la fois thématique et chronologique est tout à fait pertinent pour le sujet : les premiers panneaux abordent les grands axes de l’histoire du Louvre à travers la guerre, puis viennent les études de cas de la Victoire de Samothrace, de la Joconde et de la Venus de Milo. Le tout adopte une double narration, présentant dans la partie haute les événements historiques et en regard, plus bas, leur influence sur le Louvre.

Les textes sont claires, abordables et mettent l’accent sur le contexte historique, politique et culturel. Bel effort assez rare pour être souligné, tous les textes, panneaux d’interprétation et cartels y compris, sont trilingues : français, anglais et allemand. Pour chaque photographie, un plan de situation indique avec un point coloré le lieu de prise de vue dans le Palais et ses environs. On découvre avec passion les différentes étapes de la mise en sécurité des oeuvres dans les châteaux aux quatre coins du pays, les saisies par les officiers Nazis, les habiles manoeuvres des conservateurs pour éviter le pillage des collections nationales, le musée quasiment vide au coeur de la guerre, gratuit pour les Allemands, payant pour les Français. C’est passionnant comme un bon polar et fascinant de voir à quel point le patrimoine a été l’enjeu de combats administratifs aussi périlleux que sur le front.

Parmi la dizaine de photographes présentés, on retiendra l’oeil de Pierre Jahan : « Le chemin des madriers de la Victoire de Samothrace » (21 juin 1945) qui propose une composition géométrique remarquable évoquant les classiques de Rodtchenko et de Moholy-Nagy, ou encore « Plein cadres sur les balayeurs » qui n’est pas sans rappeler les « Raboteurs de parquet » de Caillebotte (1875, conservé au Musée d’Orsay).

L’exposition est aussi une occasion de dévoiler quelques anecdotes qui ne manquent pas de piquant et participent au mythe du Louvre : la Joconde et sa fameuse caisse marquée « LP0 » pour « Louvre Peintures 0 » et des trois points rouges, les jardins autour des Tuileries mis en culture à cause des rationnements, le musée touché à deux reprises par des obus ou encore un avion britannique abattu à 200m de la Cour Carrée.

Au final, une expo inspirée, sobre et efficace, qui démontre qu’on peut faire d’excellentes présentations avec un budget serré et de l’ingéniosité.

Le Louvre pendant la guerre : regards photographiques 1938-1947 au Musée du Louvre, aile Sully, salle de la maquette, du 7 mai au 31 août 2009. J’ai visité l’expo le mercredi 26 août 2009.