Interdiction de la photographie au Musée d'Orsay © OrsayCommons 2011

Interdiction de la photographie dans les musées : c’est la gêne

Lu ce matin sur Exponaute : Jean-Jacques Ezrati tient un discours plus que discutable sur la photo au musée. Cet éclairagiste-conseil, qui a collaboré avec la Direction des musées de France et le C2RMF sur des questions de conservation et de prévention, tient des propos douteux pour légitimer l’interdiction de la photographie avec flash dans les institutions culturelles, en s’appuyant principalement sur la gêne occasionnée pour les autres visiteurs. Dans les grandes lignes, le propos de l’article est d’apporter la preuve qu’il n’y a aucune légitimité scientifique à interdire la photographie avec flash aux visiteurs amateurs, sans danger pour les œuvres selon Ezrati. Jusqu’ici, tout va bien.

Mais j’attire votre attention sur le dernier paragraphe, qui tend à suggérer la création de « castes » dans les visiteurs : d’un côté, les étudiants et chercheurs qui auraient droit de photographier et de l’autre, les amateurs qui devraient se contenter de « reproductions des œuvres présentes dans les collections publiques [accessibles] gratuitement ou pour quelques centimes d’euros ». Oubliant au passage la fonction d’appropriation de l’oeuvre que joue la photographie (thèse soutenue par Bernard Stiegler, entre autres) et les pratiques contemporaines de la photographie, du partage et des réseaux sociaux.

Cet article est à mettre en perspective avec la photographie de Shakira à Orsay, postée par la chanteuse sur sa page Facebook il y a quelques jours, likée 250 000 fois et partagée 8000 fois. Devant une telle popularité, le musée a bien été obligé de remercier Shakira pour la publicité, rappelant au passage l’interdiction de la photographie en ses murs… Schizophrénie ou opportunisme ?

4 réflexions au sujet de « Interdiction de la photographie dans les musées : c’est la gêne »

  1. NC

    Pour répondre plus précisément que sur Twitter. je ne pense pas du tout que JJ Ezrati propose de faire une différence fondamentale entre les types de visiteurs. Je pense qu’il répondait à la question des photo des expo tempo où de toute façon tu ne peux pas prendre de photo pour le moment (quasiment dans tous les musées) et qu’il pensait à une exception de nature scientifique pour les chercheurs et étudiants (au moins) car il n’y a quasiment pas d’archives d’expo sur la scéno, la disposition, etc….

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  2. Sébastien Magro

    Merci pour tes commentaires NC 😉 Je ne sais pas si c’était l’intention de JJ Ezrati ou si c’est juste un problème de retranscription de l’interview, mais le dernier paragraphe donne l’impression qu’il créé vraiment un tri entre des visiteurs dignes de prendre des photos – les scientifiques, « ceux qui savent » et d’autres non – les amateurs, visiteurs lambda.

    En ce qui concerne les fonctions d’archivage et de témoignages de la photo, tu es mieux placée que moi pour en parler, mais je suis un peu circonspect : depuis les années 2000, l’accès à la photo numérique et/ou à la numérisation des archives permet de garder la mémoire des expos, non ? La presse, par exemple, a accès à des catalogues conséquents de photo de scéno. Pour ce qui est de ma « paroisse », nous donnons souvent à des étudiants, chercheurs, scientifiques, un accès à la base Ymago, comprenant des images des expos et de la scéno.

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  3. Jean-Jacques Ezrati

    Je découvre, ce matin, ce commentaire sur l’interview donné à Exponaute. Loin de moi l’idée de faire des castes et surtout de faire une différence entre les visiteurs (ceux qui savent et les autres qui, soit disant, ne savent pas). La seule chose que je demande c’est le respect de l’autre dans l’espace public : ne pas utiliser son flash, son autofocus en présence d’autres visiteurs.

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